Chantiers de l'Atlantique: Paris accorde un mois de plus à Fincantieri

© Reuters. CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE: PARIS PROPOSE DE PROLONGER D'UN MOIS LE CONTRAT DE CESSION © Reuters. CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE: PARIS PROPOSE DE PROLONGER D'UN MOIS LE CONTRAT DE CESSION

par Gwénaëlle Barzic et Giuseppe Fonte

PARIS/ROME (Reuters) - Le gouvernement français a accordé mercredi un mois supplémentaire à l'italien Fincantieri pour racheter les Chantiers de l'Atlantique, prolongeant une cinquième fois un accord de cession qui devait expirer jeudi.

Officiellement signé en 2018, le projet de rapprochement doit donner naissance à un nouveau champion européen - un "Airbus (PA:) de la mer" - sur un marché de la construction navale percuté par la crise du Covid.

Le rachat du français par son rival italien n'a cependant toujours pas obtenu le feu vert de la Commission européenne qui s'inquiète d'une possible réduction de la concurrence sur un marché déjà concentré.

Il se heurte parallèlement à l'hostilité d'une partie de la classe politique française préoccupée par le risque de pertes d'emplois et de transferts de technologie vers la Chine.

"La prolongation de la crise économique, et le manque de visibilité du secteur de la croisière rendent complexes l’étude par la Commission du dossier", explique le ministère français de l'Economie dans une déclaration transmise à Reuters.

"Dans ces conditions il a été décidé de prolonger de nouveau le SPA d'un mois afin de permettre à la Commission de finaliser son instruction et à Fincantieri de répondre aux dernières questions posées par la Commission", ajoute-t-il en faisant référence au contrat de cession.

Cette proposition a le soutien de Rome, a-t-on appris auprès d'une source gouvernementale italienne.

UN MARCHÉ ÉBRANLÉ PAR LE COVID

Une lettre devrait être envoyée aux commissaires européens à la Concurrence et à l'Industrie, Margrethe Vestager et Thierry Breton, a indiqué le ministre italien de l'Industrie Stefano Patuanelli à des journalistes.

Fincantieri a déclaré de son côté accepter l'offre française, ajoutant qu'il revenait désormais à Bruxelles de répondre aux deux Etats.

"Nous avons donné à Bruxelles toutes les clarifications demandées. Il est désormais confirmé que cette question est politique", a déclaré un porte-parole.

Bruxelles a suspendu en mars son enquête sur l'opération dans l'attente de recevoir des informations que les sociétés jugent difficile à fournir au vu du choc subi par l'ensemble de l'industrie avec l'épidémie de coronavirus.

Selon plusieurs sources au fait des discussions, Fincantieri n'a pas non plus offert de concessions pour répondre aux inquiétudes exprimées par le régulateur européen en termes de concurrence.

Ce nouveau délai retarde un rapprochement qui a déjà connu de nombreuses péripéties depuis la désignation de Fincantieri en 2016 comme repreneur après la faillite du sud-coréen STX, alors propriétaire des Chantiers de Saint-Nazaire.

Un accord de rachat conclu sous la présidence du socialiste François Hollande avait ensuite été remis en cause par son successeur Emmanuel Macron, aboutissant à une nationalisation présentée comme temporaire du chantier naval.

Au terme d'un accord renégocié signé en février 2018, Fincantieri, qui est indirectement contrôlé par l'Etat italien, est censé racheter 50% des Chantiers de l'Atlantique auprès de l'Etat français pour 59,7 millions d'euros.

La France a parallèlement accepté de prêter 1% de ses parts au groupe italien pour lui permettre de prendre le contrôle opérationnel de la compagnie sous condition d'engagements concernant l'emploi, la gouvernance et la propriété intellectuelle.

Basés à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), les Chantiers de l'Atlantique, ex-STX France, sont les seuls chantiers navals français capables de produire des navires de fort tonnage, comme des porte-avions et d'autres bâtiments militaires, ce qui en fait un actif national stratégique.

Le site a été choisi pour construire le successeur du porte-avions français Charles de Gaulle.

(Gwénaëlle Barzic et Elisa Anzolin, avec Giuseppe Fonte et Angelo Amante à Rome, édité par Nicolas Delame)

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