Terre-Neuve-et-Labrador, cette (autre) province pétrolière en crise

Quatre personnes dans un canot gonflable et deux plongeurs lors d'un exercice de survie dans une piscine.

Les installations de RelyOn Nutec, à Saint-Jean de Terre-Neuve, offrent aux travailleurs pétroliers une formation de survie en mer avant qu’ils ne prennent le large.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Geneviève Normand

Qui dit pétrole dit Ouest canadien. C’est normal, la vaste majorité de la production canadienne se fait dans les sables bitumineux. Mais après l’Alberta et la Saskatchewan, Terre-Neuve-et-Labrador se classe au troisième rang des provinces productrices. Elle aussi a du mal à garder la tête hors de l’eau avec cette industrie qui vacille.

Lundi matin, à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador. Une dizaine de travailleurs prennent part à une formation de survie en mer. Vêtus d’un uniforme aux couleurs vives, ils sautent à pieds joints dans une piscine hors de l’ordinaire.

Dans la bâtisse de l’entreprise RelyOn Nutec, de l’eau tombe du plafond pour reproduire un effet de pluie. Des rafales créées par d’immenses ventilateurs provoquent des vagues. Un brouillard artificiel, si désiré, peut même recouvrir la surface de l’eau. C'est là que des travailleurs apprendront, par exemple, à évacuer un hélicoptère en cas d’urgence.

Ce centre de formation simule les scénarios qui pourraient survenir en haute mer. Le cours de survie est obligatoire pour quiconque va poser les pieds sur un projet pétrolier. Parce que c’est comme ça qu’est exploité le pétrole à Terre-Neuve-et-Labrador : sur des plateformes extracôtières situées au large, à des centaines de kilomètres du littoral.

Environ 80 % de nos revenus sont directement liés à l’industrie pétrolière et gazière, explique le directeur général du centre, Sean Fitzpatrick. La vaste majorité des participants qu’il accueille sont les travailleurs qui exploitent ce qui est couramment appelé ici les rigs.

Si l’industrie baisse de 50 %, alors nous aussi on baisse de 50 %, dit-il pour démontrer le lien intrinsèque entre son entreprise et le secteur énergétique. Si c’est 75 %, nous aussi c’est 75 %.

Depuis mars, l’industrie de l’or noir dans cette province de l’Atlantique encaisse de multiples coups durs en raison de la pandémie et des bas prix du pétrole. Pourtant, avant que la COVID-19 frappe, l’intérêt des pétrolières pour explorer les côtes terre-neuviennes atteignait un niveau record. Puis, mars est arrivé. L’industrie a dégringolé.

À ce jour, aucune exploration n’est en cours. Les pétrolières ont procédé à des mises à pied par milliers et de grands projets d’envergure ont été retardés ou carrément suspendus. Par conséquent, les formations chez RelyOn Nutec s’annulent les unes après les autres.

Des instructeurs en tenues de plongée et des travailleurs en tenues de flottaison au bord d'une piscine.

L’instructrice Mélanie Frigon (au centre) est en train de donner son cours de survie en mer.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Ça fait partie énormément de l'espoir de Terre-Neuve, le "offshore", dit pourtant l’instructrice Mélanie Frigon, avant de sauter à l’eau.

La Québécoise d’origine dit que tout le monde dans sa province d’adoption subit de près ou de loin les conséquences de cette industrie en crise. On a trois enfants à la maison, dit-elle. Ça affecte mon emploi. Ça affecte mon mari qui est pilote.

Le jour et la nuit

Si les pertes d’emploi et le ralentissement se font sentir dans la capitale, à Saint-Jean, c’est aussi vrai pour les régions moins populeuses. Le port industriel d’Argentia, notamment, bouillonnait d’activités avant l’arrêt de la construction de West White Rose, en mars dernier. Ce mégaprojet, aujourd’hui en veilleuse, visait à construire une extension à une plateforme de forage déjà existante.

Dans ce petit village côtier de 3000 habitants, Husky construisait un projet de plus de deux milliards de dollars, ce qui créait aussi du travail pour plusieurs centaines de travailleurs. Mais cela est chose du passé.

Aujourd’hui, le stationnement du chantier est vide et le sort de West White Rose demeure incertain. La pétrolière dit non seulement être en train de réévaluer son projet, mais aussi ses opérations futures en Atlantique. Elle demande aux gouvernements de l’aider financièrement pour reprendre ses activités.

Malgré sa volonté d'agir, le gouvernement d’Andrew Furey n’a pas la capacité financière pour intervenir et il l’a déjà fait savoir publiquement.

Terre-Neuve-et-Labrador est engloutie dans un gouffre financier, causé surtout par le fiasco du projet hydroélectrique de Muskrat Falls. La province a frôlé la faillite l’hiver dernier. Elle n’est pas en mesure de secourir l’industrie sur laquelle repose 30 % de son économie.

Un grand bâtiment en construction, entouré d'échafauds.

Le chantier du projet West White Rose a été suspendu en mars, laissant ainsi des centaines de travailleurs sans emploi.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Au restaurant du coin, à proximité du chantier désert, l’arrêt de West White Rose a eu l’effet d’une douche froide. Du jour au lendemain, en plus de la pandémie, le pub The Three Sisters perdait sa clientèle pétrolière.

C’était le jour et la nuit, raconte le gérant Nathan Day. On pouvait avoir 120 personnes ici les jeudis soir avec de la musique. C’était bondé. Mais sans [ce projet] ici, il faut tout revoir à la baisse.

Le restaurateur raconte que la moitié de ses revenus sont partis en fumée en même temps que s'arrêtait le chantier.

C’était ici que tout le monde se tenait, dit-il.On avait appris à connaître les travailleurs et ils avaient appris à nous connaître. C’est en fait très triste de voir ça partir.

Une province dans le rouge

En plus de la crise pétrolière, Terre-Neuve-et-Labrador est plongée dans une tempête financière qui pourrait difficilement la laisser indemne. Le gouvernement provincial a déposé cette semaine son budget, qui affiche un déficit de 1,84 milliard de dollars.

La dette nette, elle, a dépassé les 16 milliards de dollars, un lourd fardeau pour cette petite province d’un demi-million d’habitants. La province affichait, même avant la COVID-19, la dette nette par habitant la plus élevée au pays.

Le gouvernement a fait savoir mercredi qu’il n’avait aucune intention d’abandonner le secteur pétrolier malgré toutes ces difficultés.

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