Sans les revenus du pétrole, l’Alberta rurale voit rouge

Paul McLauchlin se tient devant une exploitation gazière dans un champ.

Dans le comté de Ponoka où vit Paul McLauchlin, comme dans le reste de l'Alberta, les revenus des exploitations pétrolières constituent la majorité des budgets municipaux.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Faillites et impôts impayés sont devenus le quotidien des municipalités rurales de l’Alberta depuis la chute des prix du pétrole, au point où certaines craignent de ne plus avoir les moyens de boucler leur budget. L’inquiétude s’est accrue depuis que la province envisage de baisser les impôts de l’industrie sur leur dos.

Dans le comté de Ponoka, le préfet Paul McLauchlin est agriculteur à temps partiel et biologiste environnemental le reste du temps. Il paye des impôts sur sa résidence et sur son exploitation agricole, mais aucune de ces deux sources de revenus ne fait la fortune de la région.

La plus grande source d’argent provient plutôt des trois puits gaziers qui ses trouvent sur sa propriété. Cet exemple, selon lui, en représente des dizaines d'autres dans son comté.

Une installation gazière au milieu de la campagne.

La campagne albertaine est ponctuée de dizaines de ces installations pétrolières et gazières qui rapportaient des millions de dollars de revenus aux municipalités.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

En tout, plus des deux tiers des revenus de ce comté viennent des impôts des exploitations pétrolières et gazières de la région.

La vache à lait a cependant cessé d’être productive il y a plusieurs années et cela va de mal en pis.

Nous sommes vulnérables aux [variations de] revenus du pétrole et du gaz depuis longtemps.

Paul McLauchlin, préfet du comté de Ponoka

Les nombreuses faillites d’entreprises pétrolières et gazières ont conduit à un montant croissant d’impôts fonciers impayés. Certaines compagnies aux profits inexistants choisissent également de ne pas rembourser cette dette.

Nous avons dû tirer un trait sur 3 millions de dollars d’impayés au cours des quatre dernières années. C’est 20 % de notre budget, explique M. McLauchlin.

Le poids de la crise économique

Le coup de grâce est cependant arrivé cet été, lorsque le ministère des Affaires municipales a décidé d'alléger l'impôt des exploitations pétrolières et gazières pour leur apporter plus de compétitivité.

Pour Ponoka, cette réforme se traduirait par une augmentation des taxes des habitants variant de 150 % à 200 % pour maintenir le même niveau de services. Impensable, s’insurge M. McLauchlin.

Le comté n’est pas unique. Selon le président de l’Association des municipalités rurales de l’Alberta (RMA), Al Kemmere, les impôts des entreprises énergétiques génèrent de 30 % à 85 % des budgets des comtés et des villages de la province. Les scénarios envisagés par la province pourraient leur coûter 291 millions de dollars en revenus perdus.

Nous avons des municipalités qui ne savent pas comment elles vont survivre les trois à cinq prochaines années à cause des impôts impayés, affirme M. Kemmere.

Cela a généré une angoisse indescriptible au sein de mes membres.

Al Kemmere, président RMA

Un difficile équilibre

Le ministère des Affaires municipales a, pour l’instant, suspendu l’application de ces changements face à la fronde des municipalités rurales. La solution n’est toutefois pas évidente.

Les municipalités rurales soutiennent l'exploitation des hydrocarbures. Elles ont besoin d’une industrie énergétique en santé pour alimenter leur budget et, selon l’Association canadienne des producteurs pétroliers, cela passe par une réforme du calcul de l’impôt.

Les entreprises ne vont pas pouvoir survivre. Cela a mis en lumière le problème de l’évaluation foncière, qui est inéquitable, explique le vice-président aux politiques, Ben Brunnen.

Un chevalet de pompage dans un champ de l'Alberta, au coucher du soleil.

La baisse des prix du pétrole compromet la viabilité des entreprises énergétiques et leur capacité à payer des impôts.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Selon l’Association, les évaluations doivent tenir compte de la dépréciation des exploitations, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

M. Brunnen avance également que, selon l'analyse de l'association, la très grande majorité des municipalités pourrait s’en sortir sans déficit en puisant dans leurs réserves. Dans certaines régions même, les comtés seraient gagnants, dit-il.

Sur le papier, cela aurait changé l’évaluation de ces entreprises, mais cela les aurait aussi amenées à investir plus dans ces municipalités, ce qui aurait augmenté leur impôt dans les six mois, évalue M. Brunnen.

L’Association demande donc des changements d’ici la fin du mois d'octobre.

Qui paye les nids-de-poule?

Les municipalités rurales croient toutefois que les pétrolières rendent le casse-tête un peu trop simple, parce que les exploitations d’hydrocarbures ne sont pas qu'une source de bénéfices pour elles. Contrairement à d’autres provinces, elles doivent payer l’entretien des infrastructures routières.

Un pont sur une route de campagne.

Le comté de Ponoka a 170 ponts sur son territoire qui coûtent chacun 1 million de dollars à remplacer.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Le va-et-vient des camions détériore les routes de gravier à une vitesse hallucinante, affirme le préfet du comté de Ponoka. Tous les revenus des exploitations pétrolières et gazières servent plus ou moins à maintenir la qualité des routes et des ponts que ces entreprises dégradent.

L’Alberta rurale représente 16 % de la population. Si on met le poids des impôts des pétrolières sur ces 16 %, ce n’est ni juste ni équitable, ajoute Paul McLauchlin. Nous devons regarder le système dans son entier.

La nouvelle ministre des Affaires municipales, Tracy Allard, n’était pas disponible pour une entrevue. Les consultations se poursuivent toutefois pour trouver ce délicat équilibre.

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