Pourquoi le prix de l'essence varie-t-il autant d'une ville à une autre?

Un chauffeur de taxi appuie sur le bouton de sélection d'essence à la pompe d'une station-service, alors qu'il tient la buse de l'autre main.

Un chauffeur de taxi fait le plein dans une station-service.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Après le logement, la dépense la plus importante des ménages canadiens, est le transport, selon Statistique Canada. Outre les véhicules eux-mêmes et l'assurance, les Canadiens dépensent en moyenne 2000 $ en essence chaque année. Alors que toutes les stations-service affichent un prix différent, pourquoi ceux-ci varient-ils autant, parfois dans le même quartier?

Exemples en Alberta et à Regina

Difficile de prévoir quand et où faire son plein d'essence lorsque l’on souhaite faire des économies. Les prix sont fixés librement par les détaillants et peuvent augmenter ou baisser plusieurs fois pendant une seule et même journée.

Selon l’application mobile Gas Buddy, qui recense les prix à la pompe en temps réel grâce à ses utilisateurs, le lundi 14 septembre, à 12 h 47, le litre le moins cher en Alberta était à 88,9 cents dans un Costco de Calgary. Le prix le plus cher s'élevait à 1,15 $ dans un Esso de High Level, à 1000 kilomètres de là.

Cette différence de 26,1 cents par litre équivaut à 14,35 $ sur un plein de 55 litres.

Cette disparité de prix s'observe au sein même des villes. À Regina, en Saskatchewan, le 16 septembre, à 16 h 58, on payait le moins cher pour faire son plein au Regina Cabs (87,9 cents le litre) et le plus cher, au Shell, sur l'avenue Arcola Est (103,9 cents le litre).

Les automobilistes peuvent donc économiser presque 9 $ sur un plein, en faisant seulement 10 minutes de voiture.

Où est la raffinerie la plus proche?

Ce jeu de comparaison des prix peut se faire dans chaque province du Canada et s’explique par plusieurs paramètres.

Parmi les critères mineurs, il y a le coût de la main-d'oeuvre et le coût de la vie. C’est ce qui explique, en partie, le tarif élevé de l'essence à Vancouver, affirme l'économiste Kent Fellows, de l’Université de Calgary, mais il y a aussi les impôts fonciers payés par les stations-service.

Plus il est élevé, moins il y aura de concurrents aux alentours. Le détaillant peut alors imposer un prix élevé au consommateur qui n'aura pas vraiment d'autres choix.

Un nuage de fumée s'échappe d'une raffinerie à Edmonton.

Les trois seules raffineries albertaines qui transforment le pétrole brut en essence se trouvent dans la région d'Edmonton.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Un élément encore plus important est la position géographique de la station-service, précise M. Fellows. Au Canada, il existe 14 raffineries qui transforment le pétrole brut en essence.

Plus le point de vente est éloigné des raffineries, plus le transport est long et cher. Le prix du litre à la pompe sera alors plus élevé pour le consommateur.

Le moyen de transport joue lui aussi un rôle. Le prix élevé de l'essence en Colombie-Britannique s'explique, notamment, par le transport depuis les raffineries albertaines, qui se fait beaucoup par train, à cause du manque de pipelines. Donc, l’essence revient plus chère à l'arrivée dans l'ouest, explique Kent Fellows.

Les marges des stations-service

L'élément clé qui dicte plus de 50 % du tarif à la pompe, c'est le prix du baril de pétrole négocié sur les marchés, mais ce qui crée des disparités entre les détaillants, c'est la marge de profit qu'ils imposent pour garder leur commerce viable.

Leurs marges tournent autour de 10 à 12 cents par litre, dit Jason Parent, le directeur général du cabinet-conseil Kent Group. Costco offre souvent le prix le plus bas parce qu'il ne fait quasiment pas de profit sur l'essence. Il se rattrape en vendant des adhésions toute l'année.

Les fluctuations peuvent également s’expliquer par la loi de l’offre et de la demande et par les choix stratégiques des détaillants pour faire jouer la concurrence.

Le prix de l’essence peut augmenter un jeudi, avant un long week-end, et baisser le lundi suivant. Ils savent qu’ils peuvent tous faire payer plus cher parce qu’il y a de la demande, conclut Kent Fellows.

Les gouvernements doivent-ils intervenir?

La volatilité du tarif à la pompe rend difficile la prévisibilité pour les ménages canadiens et les entreprises. Au Québec, la Régie de l’énergie fixe chaque semaine un prix minimum estimé (PME) sur l’essence afin d’assurer aux détaillants indépendants une marge de profit décente.

Une réglementation est aussi en place en Nouvelle-Écosse, où le gouvernement fixe un prix maximum et minimum. Dans le reste du Canada, faudrait-il plus d’encadrement?

La régulation a une plus grande chance de mal estimer son juste prix, affirme l’économiste Kent Fellows. Si le prix est trop bas, les détaillants ou les distributeurs risquent de fermer. S’il est trop haut, les consommateurs ne l’achèteront plus.

Le prix de l’essence est plus volatil que par le passé, surtout à Edmonton, à Calgary ou à Montréal, selon Jason Parent, qui suit l'évolution des prix depuis 18 ans. Le grand public se méfie de la volatilité, mais les marchés les plus volatils ont tendance à être ceux avec les plus faibles marges, ce qui est une bonne chose pour les consommateurs.

Selon Kent Fellows, il faut simplement que le consommateur reste informé et s’efforce de trouver la station la moins chère pour pousser les détaillants à maintenir des prix bas.

S'informer pour payer moins

Pour connaître cette information, plus besoin de faire le tour du quartier en voiture pour comparer les prix. L'application Gas Buddy fait maintenant office de référence en Amérique du Nord. Chaque jour, 900 millions de recherches y sont faites par les utilisateurs.

Les utilisateurs sont également les fournisseurs de données, puisqu'ils mettent à jour les tarifs des stations-service qui les entourent 11 millions de fois par semaine.

Un écran de téléphone intelligent montrant une application affichant les prix de l'essence.

Gas Buddy est une application mobile qui recense les prix à la pompe en temps réel grâce à ses utilisateurs.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

La transparence, c’est le meilleur outil pour protéger les consommateurs, assure Dan McTeague, qui a été chef analyste de Gas Buddy pendant cinq ans.

Selon ces experts, les gouvernements provinciaux et le Bureau de la concurrence du Canada font un travail efficace pour empêcher les dérives du marché. La question de la régulation n’est donc pas à l'ordre du jour.

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