L'Alberta amorce son virage technologique

Deux personnes sont assises devant de multiples écrans d'ordinateur.

Des entreprises de nouvelles technologiques comme Helcim saluent le changement de ton du gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Un vent d’optimisme prudent souffle sur le secteur des nouvelles technologies après que le gouvernement albertain a commencé à lui faire une place dans ses discours et ses budgets. Le retard par rapport au Québec et à l’Ontario est cependant important, et la confiance reste fragile.

Il y a six mois, nous aurions dit : "Je dois déménager à Toronto ou à Montréal. Maintenant, c’est : "Peut-être que je peux bâtir [mon entreprise] ici." Je l’entends de plus en plus, confirme Cory Jannsen, le président d’AltaML, une compagnie spécialisée en intelligence artificielle d'Edmonton.

Un dégel des relations

L’élimination de cinq crédits d’impôt dans le budget provincial 2019 avait créé un tollé au sein des entreprises émergentes de la province.

La baisse de l’impôt sur les sociétés de 4 points de pourcentage, une politique favorisée par le gouvernement conservateur uni, aidait assez peu ces compagnies qui réinvestissent la majorité de leurs profits dans la croissance de leurs sociétés.

Une étincelle d’espoir laissant entrevoir de meilleures relations avec le gouvernement provincial est née en juillet à l’annonce du plan de relance économique qui a laissé une plus grande part à l’investissement dans les nouvelles technologies.

Un homme en costume et cravate parle au podium devant une rangée de drapeaux de l'Alberta et du Canada.

La nomination de Doug Schweitzer comme ministre de l'Emploi, de l'Économie et de l'Innovation a amélioré les relations entre le gouvernement et le secteur.

Photo : Radio-Canada

L’ajout du mot innovation au portefeuille du ministère de l’Emploi et de l’Économie a ajouté des braises au feu. En un mois à ce poste, Doug Schweitzer a effectué une demi-douzaine d'annonces, offrant chaque fois des programmes de plusieurs millions de dollars.

La subvention à l’emploi innovateur, par exemple, c’est une des meilleures au Canada. En comparant les crédits d’impôt, l’Alberta et le Québec deviennent les meilleurs endroits où démarrer une entreprise technologique, estime M. Janssen.

Du pain sur la planche

Le changement de ton n’est donc pas passé inaperçu, mais les années d’oubli du secteur des nouvelles technologies ont laissé des marques. Bien qu’enthousiaste, M. Janssen parle d'optimisme prudent.

Le doyen de la faculté d’affaires de l’Université de l’Alberta, Joseph Doucet, a participé au comité consultatif sur le sujet, et son rapport rendu public en juillet a souligné le retard à rattraper.

Lorsqu’on se compare à d’autres métropoles au Canada et dans le monde, on constate qu’on est vraiment en retard.

Joseph Doucet, Université de l'Alberta

Quand on regarde Vancouver, Toronto ou même Halifax, on a vu une plus grande concertation entre le gouvernement, le secteur privé, les universités et c’est ça qui nous a amenés à dire qu’il y a urgence d’agir, indique M. Doucet. Le secteur privé s'est ainsi développé, mais sans l'aide du gouvernement, il a plus de mal à grossir et à recruter.

Le secteur des technologies de l’information et des communications, mesure imparfaite de cette économie, représente ainsi environ 5 % du PIB du Québec. En Alberta, il tourne autour de 3 %.

Les difficultés économiques de la province limitent cependant l’action du gouvernement, selon le doyen.

Un soutien demandé à long terme

Plus que des subventions, le secteur a besoin de leadership, croit Nicolas Beique, fondateur d’Helcim, une entreprise de paiement en ligne.

Nicolas Beique est assis à son bureau devant un ordinateur.

Le fondateur d'Helcim, Nicolas Beique, souhaite un soutien constant du gouvernement au secteur des nouvelles technologies.

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Même avec l’élimination des crédits d’impôt et la pandémie, son entreprise, établie à Calgary, a grossi, et vite. La cinquantaine d’employés au printemps atteint aujourd'hui 73, et M. Beique prévoit de passer à 150 l’année prochaine.

On veut un gouvernement qui croit en nous et qui croit que l’Alberta peut être une province avec plus d’une industrie.

Nicolas Beique, fondateur d'Helcim

C’est vraiment juste l’attitude. La première règle, c’est de ne pas faire de mal à l’industrie. Plus que des programmes, on veut qu’il montre leur soutien à l’industrie et ça va parler aux investisseurs, souligne-t-il.

Cory Janssen parle ainsi de la marque Alberta qui est en train de changer. Shelley Kuipers du collectif d'investissement féministe, the 51, compte par dizaines les histoires d'entreprises innovatrices dans la province qui mériteraient d'être racontées et célébrées.

Lucas McCarthy, le fondateur de Showpass, une autre compagnie en ligne de Calgary, renchérit. Une bonne manière, selon lui, de montrer ce leadership provincial serait ainsi de favoriser les entreprises technologiques albertaines dans tous les appels d’offres du gouvernement.

Si je suis une entreprise de San Francisco avec une bonne idée, on va m’écouter. Il faut créer la même attitude envers les entreprises albertaines parce qu’on ne sait pas, je peux être le prochain Shopify ou le prochain Amazon, raconte-t-il. Nous devrions prendre autant de risques que nous l’avons fait pour le pétrole et le gaz.

Cette prise de risque doit cependant être à long terme, ajoute M. Beique, et dans ce domaine, sa confiance envers le gouvernement provincial est encore fragile.

C’est comme si quelqu’un ne met pas d’eau dans ton jardin pendant deux ans et, tout d’un coup, il revient.

Nicolas Beique, fondateur d'Helcim

Le ministère de l’Emploi, de l’Économie et de l’Innovation n’a pas répondu à notre demande d’entrevue. Doug Schweitzer a cependant promis, lors de ces nombreuses conférences de presse, que d’autres mesures seraient annoncées pour placer l’Alberta en concurrence directe avec l’Ontario pour attirer des capitaux.

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