Autonomie en fruits et légumes, huit pieds sous terre!

Un bâtiment qui laisse paraître seulement le toit.

La structure hors terre de la serre Walipini de Pamella et Félix.

Photo : Radio-Canada / Félix Grimard

Bienvenue dans notre serre Walipini, lance fièrement Pamella Guay-Tremblay à notre arrivée, avant de s’engouffrer par le toit de cet étrange bâtiment aux allures d’installation de camping. La naturopathe de profession rêve depuis quelques années d'une autosuffisance complète en fruits et légumes, pour elle, son conjoint et leurs deux jeunes enfants.

Après deux ans de recherches, ils ont décidé de concevoir eux-mêmes leur propre serre souterraine. Ils ont opté pour le modèle Walipini, reconnu pour sa grande résilience aux climats plus rigoureux. Ce modèle serricole a d’ailleurs été développé dans les hauts plateaux boliviens au début des années 1990.

Avec sa structure à moitié enfouie, la Walipini permet d’optimiser l’effet géothermique du sol. On profite ainsi de la chaleur relativement stable à une certaine profondeur. Ajoutez à cela une structure hors terre recouverte d’une double toile transparente qui laisse entrer les rayons solaires à profusion.

Pas juste le soleil, les abeilles aussi, précise Félix Grimard, qui a pris soin d’ajouter une petite fenêtre qu’il peut ouvrir sur la toiture pour permettre aux abeilles d’entrer faire leur travail de pollinisation.

Des plants de légumes.

L'intérieur de la serre souterraine de Pamella et Félix.

Photo : Radio-Canada / Félix Grimard

Les deux jardiniers amateurs ont pu creuser à plus de huit pieds de profondeur sans risquer d’atteindre la nappe phréatique, relativement profonde sur leur terrain.

Le sol, à huit pieds de profondeur, ne gèle pas l’hiver. Mais les grands froids peuvent quand même faire descendre le mercure à l’intérieur de la serre, assez pour faire entrer en dormance certains végétaux.

Félix Grimard

Pour gagner quelques degrés supplémentaires, Pamella et Félix ont ajouté à la structure habituelle de leur serre Walipini, un aménagement en gradins formé de 350 pneus usagés, une masse thermique qui a fait ses preuves pour stocker efficacement la chaleur et la restituer par temps froid.

La famille Grimard-Guay-Tremblay dans la serre.

La famille Grimard-Guay-Tremblay profite des fruits et légumes à l'année.

Photo : Radio-Canada

En les plaçant en angle, on a augmenté la surface, ce qui produit encore plus de chaleur. Pour moi qui tiens le garage du village, ce n’était pas un problème de trouver des pneus usagés, nous dit Félix, qui est propriétaire du garage Grimard et fils à Fortierville.

Mais le couple devait répondre à certaines exigences du ministère de l’Environnement avant d’enfouir tous ces pneus dans leur serre. Ils les ont nettoyés, compactés, et les ont recouverts d’une membrane spéciale pour empêcher leur dégradation une fois sous terre.

On va avoir tellement de récoltes cette année que nous n’arriverons pas à tout manger.

Pamella Guay-Tremblay, naturopathe et jardinière amatrice

La petite famille peut ainsi déguster près d’une trentaine de variétés de fruits et légumes, et même quelques variétés plus exotiques comme l’ananas, le citron et la figue. Quand on a des surplus, on les donne à des gens d’ici dans le village, comme notre amie Régine, qui tient le restaurant de l’auberge de Fortierville, précise Pamella Guay-Tremblay.

Pamella Guay-Tremblay entourée de légumes.

Pamella Guay-Tremblay dans sa serre souterraine.

Photo : Radio-Canada / Bernard Laroche

Tout l’monde en parlait dans le village!

Régine Morency, cheffe propriétaire du restaurant l’Auberge de Fortierville

Pamella et Félix ont tout de même dû essuyer quelques critiques au début de leur chantier, en 2017. Nos voisins ne savaient pas ce qu’on allait faire avec ça. Mais aujourd’hui, les gens du village viennent la visiter, posent des questions, prennent des notes.

Régine Morency, la cheffe propriétaire de l’Auberge de Fortierville se plaît à raconter l’onde de choc qu’a provoquée le projet du jeune couple à ses débuts. Les gens du coin trouvaient ça un peu farfelu. Ils se demandaient c’est quoi cette histoire-là? Un jardin installé huit pieds sous terre dans leur cour?

Une mangue verte.

Manguier de la serre souterraine.

Photo : Radio-Canada / Félix Grimard

La mairesse de Fortierville, Julie Pressé, se souvient très bien de l’accueil mitigé de ce projet auprès des citoyens du village. Au début il y avait vraiment beaucoup d’inquiétude là, mais Pamella a su rassurer la population, expliquer clairement leur projet, les lettres du ministère qu’ils avaient en main. Les gens ont été rassurés.

Simon-Pierre Lavigne habite un peu plus loin dans le village. Il a eu un coup de coeur pour le projet de Pamella et Félix. Il a même déjà trouvé un emplacement sur son terrain, où il prévoit aménager sa propre serre souterraine. Moi j’ai trouvé leur idée géniale. Surtout pour avoir des fruits en hiver. J’ai même commencé à m’informer pour trouver un système supplémentaire, et pas trop dispendieux, pour chauffer la terre avec notre eau.

Une inspiration pour d’autres villages du Québec

La serre souterraine de Fortierville a trouvé des échos ailleurs, dans d’autres villages du Québec. Le maire d’Albertville, Martin Landry, a fait cinq heures de route pour rencontrer Pamella et Félix, et visiter leur installation.

C’est un modèle de développement durable qui est très intéressant pour une petite municipalité comme la nôtre. On va chercher notre chaleur au sol. Elle est disponible cette chaleur, sans aucune électricité!

Martin Landry, maire d’Albertville

Le maire Landry prévoit importer ce type de serre Walipini dans sa propre collectivité, dans le Bas-Saint-Laurent. Honnêtement j’ai un petit penchant pour cette serre-là. On est capable de construire ce type de serre souterraine à l’échelle d’un village, en autant que l’on choisisse le bon terrain, où la nappe phréatique est suffisamment profonde. D’ici la prochaine année, on devrait être en mesure de lancer le projet.

Pamella et son conjoint ont investi ensemble plusieurs mois de travail et plus de 8000 $ en matériaux dans la construction de leur serre souterraine.

Il faut le dire, nous avons sous-estimé l’ampleur du défi. Ce n’est pas pour tout le monde, il faut avoir les équipements. Moi je tiens le garage familial ici dans le village, alors j’ai déjà la machinerie. Mais c’est beaucoup d’énergie et beaucoup de temps!

Félix Grimard, qui est propriétaire du garage Grimard et fils à Fortierville

Mais pour Pamella Guay-Tremblay, cette aventure a pris une tournure qui déjoue toutes ses prédictions : Il y a deux autres maires (Marylin Nadeau de Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville et Marc Lavigne de Saint-Charles-sur-Richelieu) qui sont venus visiter notre serre. Alors quand on pense aux appréhensions des gens au début de notre projet, on a du mal à croire qu’aujourd’hui autant de gens nous écrivent ou viennent nous voir parce qu’ils veulent faire pareil!

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