Quels sont ces produits que les Canadiens se sont arrachés pendant la pandémie?

Des clients d'un centre commercial portant un masque.

Certains biens ont été plus populaires que d'autres pendant le confinement.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Six mois se seront bientôt écoulés depuis le début de la pandémie à la mi-mars. Si la conquête du papier de toilette semble déjà un épisode lointain de notre histoire, les habitudes de consommation ont tout de même bien changé pendant cette période.

Jamais on n'aurait pensé que le Québécois confiné bricolerait autant, s’esclaffe le président et directeur général de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction, Richard Darveau.

En effet, parmi ses membres, de nombreux articles et matériaux ont fait l’objet de pénurie sur les tablettes : outils, vis, crochets, peinture en aérosol, bois d’œuvre de toute dimension, bois traité, bardeaux d’asphalte, poutrelles et fermes de toit, briques, etc. Les barbecues au charbon et au charbon de bois ont également été en rupture de stock.

La loi de l’offre et la demande a ainsi exercé une forte pression sur les prix de certains produits. Le coût du bois d’œuvre a bondi d’au moins 50 % depuis décembre 2019, selon les dernières données de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec.

Le directeur général des Centres de rénovation Patrick Morin, Michel St-Jean, dit rouler dans les doubles de croissance par rapport à l’année dernière, un peu plus de 10 %. On se dirige vers des records. Il note aussi que les accessoires de jardin (articles d’arrosage, engrais, etc.) ont été très populaires, tout comme les ameublements extérieurs. On a manqué de produits!

On revient un petit peu plus à la normale, mais on voit quand même une demande accrue pour tout ce qui touche à l’intérieur.

Michel St-Jean, directeur général des Centres de rénovation Patrick Morin

À l’instar des magasins de matériaux, les fournisseurs en construction se retrouvent au dépourvu. L’important fabricant québécois de portes et fenêtres FenPlast rapporte une hausse des soumissions de 30 à 35 % depuis la mi-juin.

Son directeur marketing, Sylvain Arbour, explique que ce surplus de demandes s’ajoute à deux autres phénomènes plus problématiques : un approvisionnement difficile en aluminium en raison de la fermeture des usines de transformation pendant le confinement et un manque de main-d’œuvre dû, notamment, à la Prestation canadienne d’urgence. Les délais de fabrication sont passés de trois semaines à deux mois.

Et ne pensez plus à vous acheter un spa ou une piscine creusée cette année. Le directeur marketing de Trévi, Alain Gravel, dit qu'il s'agit de la meilleure année de l’entreprise depuis 50 ans. Un quart de travail de soir a dû être ajouté à la production pour répondre à la demande.

En avril, des mardis et des mercredis, on se retrouvait avec des chiffres qu’on avait le samedi. C’était essoufflant pour tout le monde. Là, c’est revenu à la normale, dit-il.

Vous pourriez toujours avoir un peu de chance pour une piscine hors terre.

Changements dans les dépenses courantes

Selon une enquête du groupe Nielsen sur les produits de grande consommation au Canada, les consommateurs ont toutefois réduit leurs dépenses de près de moitié pour les activités de divertissement hors domicile, les repas à emporter, les vêtements et la voiture.

L’analyse montre en revanche que certains produits non essentiels – ou de réconfort – et alimentaires connaissent leur heure de gloire : chandelles (+41 %), aromathérapie (+34 %), bûches (+32 %), produits pour le bain comme les sels de bain (+24 %), récompenses pour animaux (+16 %), cubes et jarrets de bœuf (+45 %) et fromage bleu (+191 %).

Encore au mois de juillet, 60 % des acheteurs se heurtaient à des pénuries de désinfectants pour les mains, nettoyants antibactériens, produits de papier, aliments frais et produits de pain et de pâtisserie.

Certains types de transformation prise pendant le confinement semblent perdurer, fait remarquer le directeur de l’Observatoire de la consommation responsable de l’UQAM. Plus on avançait vers l’été, plus les citoyens réalisaient que ça allait durer longtemps.

Fabien Durif évoque un transfert des dépenses vers l’alimentation, la quincaillerie et le jardinage, mais en plus vers les articles de sport et de plein air, comme les bicyclettes et les kayaks.

Le grand détaillant Walmart continuait de constater en août des ventes importantes dans la remise en forme (vélos, équipements sportifs comme le basketball, et filets et équipement d'entraînement à domicile).

Les ventes de fournitures de bureau et d’électronique (pour installer des bureaux à domicile et pour les étudiants et l'apprentissage en ligne) et de papeterie et d'artisanat (enseignement à domicile) demeuraient tout autant soutenues.

La présence plus importante des ménages au sein de leur maison augmente d’ailleurs la consommation d’électricité dans le secteur résidentiel au Québec, qui a crû de 5 % du 1er avril au 30 juin.

Explosion de ventes de tondeuses à cheveux

D’une vingtaine de commandes en ligne par jour, elles sont passées à près de 300 pendant le confinement au Centre du rasoir. Les tondeuses à cheveux, c’est ce qui a fonctionné le plus, affirme la directrice des achats Nathalie Bourgoin.

Bien des Québécois ont trouvé une solution à la fermeture des salons de coiffure : faire sa coupe de cheveux soi-même, ou assisté d’un proche, une tendance qui se maintient encore à ce jour.

L’Allied Beauty Association rapportait récemment que les entreprises de beauté se trouvaient en situation précaire en raison d’une baisse de fréquentation de leur clientèle.

Historiquement, le Centre du rasoir, qui existe depuis 60 ans, a toujours bien fait en temps de récession, car on a des produits de première nécessité.

Nathalie Bourgoin, directrice des achats, Centre du rasoir

Les ventes oscillent toujours entre 15 et 20 % de plus que l’année dernière, seulement pour les tondeuses à cheveux. On est un peu étonné que ça continue, admet Mme Bourgoin. On n’a plus besoin de faire de rabais!

Submergés de commandes, des fournisseurs ne suffisent pas à la tâche, ce qui cause des ruptures de stock. J’ai certains produits qui ne sont pas disponibles avant deux mois.

De même, une recrudescence des ventes de machine à café a été observée, puisque les gens restent à la maison.

Hausse des ventes de cigarettes… non illicites

Comme pour bien des produits, la COVID-19 a eu un effet inattendu sur la consommation de tabac au Québec et en Ontario.

Nous avons observé une augmentation des ventes de cigarettes légales d’environ 20 % durant les premiers mois de la pandémie, affirme Éric Gagnon, directeur principal aux affaires corporatives et réglementaires chez Imperial Tobacco.

Tout porte à croire que la solitude et la baisse d’activités sociales en seraient à l’origine, mais la raison est tout autre. Elle est attribuable au fait que les fumeurs ne pouvaient plus s'approvisionner avec des produits illégaux, compte tenu que plusieurs réserves autochtones ont été fermées.

À leur réouverture, les ventes dites légales auraient considérablement diminué au profit des cigarettes de contrebande.

Retour à la normale

La croissance du commerce au détail et de marchandises en juin avait ramené, selon Statistique Canada, les ventes à des niveaux supérieurs ou proches de ceux précédant la pandémie. Là, on va passer dans une phase beaucoup plus modérée, croit l’économiste principale du Mouvement Desjardins, Hélène Bégin. En février, on avait des ventes records au niveau des grossistes.

Pour les derniers mois, Mme Bégin perçoit un transfert de budget des dépenses prévues à l’étranger pour les vacances : Il y a eu plus de consommation ici. C’est certain que cela a eu une influence. Quant à la suite, c’est l’incertitude totale, dit-elle, en faisant allusion à une possible deuxième vague de COVID-19.

D’après un sondage canadien de la firme EY publié lundi, plus des deux tiers des répondants disent avoir modifié leurs préférences en matière d’achats de produits au début de la pandémie, et rien n’indique un éventuel renversement de tendance.

En fait, 55 % renonceraient désormais à suivre les tendances de l'heure et réduisent leurs achats de biens et services non essentiels, qu'il s'agisse de marques de luxe ou de gadgets de haute technologie.

À cet effet, Fabien Durif de l’Observatoire de la consommation responsable considère qu’une réduction de la consommation est en cours. Il y a une partie des consommateurs qui ont pris conscience de leur mode de consommation, dit-il. Ils ont pris goût à moins consommer.

Cette tendance s’observerait alors que trois facteurs deviendraient plus déterminants que jamais : la recherche du meilleur prix en raison de la contraction du pouvoir d’achat, la priorité donnée à l’achat local et le respect de l’environnement.

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