« Il ne sait même pas envoyer un courriel » : les nouveaux chômeurs confrontés à des défis

Un homme regarde à l'intérieur d'un centre local d'emplois.

La recherche d'emploi peut se révéler comme un véritable parcours du combattant pendant la crise de la COVID-19.

Photo : Associated Press / Damian Dovarganes

En convalescence après la réouverture de l’économie, le marché du travail est encore loin d'offrir à tous la possibilité de retrouver un emploi, s’accordent à dire des spécialistes. Les femmes, les jeunes et les travailleurs plus âgés, dont certains qui ne sont pas habitués à chercher un travail, sont particulièrement concernés par le chômage qui découle de la pandémie.

Bien que la reprise économique se poursuive cet été, près de 1,3 million d’emplois ont été perdus par rapport au niveau d’avant la pandémie, pour un total de 2,2 millions de Canadiens au chômage, selon la dernière enquête sur la population active de Statistique Canada.

Depuis le déconfinement, il y a eu un retour à l’emploi assez fort, mais on est encore nettement en dessous de la situation d’avant la COVID, résume Jonathan Créchet, professeur adjoint en économie à l’Université d’Ottawa.

La situation est particulièrement accentuée chez les jeunes. Parmi toutes les catégories d’âge, en juillet, l'emploi des 15-24 ans était le plus éloigné de son niveau observé avant la pandémie (-17,4 %).

Une des raisons à cela, c'est que ces emplois sont plus fragiles, relève M. Créchet, qui indique que le manque d’ancienneté peut mener les employeurs à les écarter en premier.

Les femmes et les personnes âgées fortement touchées par le chômage

Enfin, les femmes subissent aussi une perte d’emploi prolongée, en partie parce qu’elles sont plus concernées par la garde des enfants. Elles ont été plus touchées par le virus en ce qui a trait à l’emploi, continue le chercheur.

La rentrée scolaire et la réouverture des garderies dans un environnement sécuritaire devraient les aider à participer de nouveau à l’économie, assure-t-on du côté de la Chambre de commerce de l’Ontario.

En réaction à cette crise inédite, les organismes d’aide au retour à l’emploi observent un afflux de fréquentation.

Nous aidons des personnes âgées de 16 à 82 ans, ça n’arrête pas, témoigne Andrea Ducharme, du Unemployment Help Center à Windsor, en Ontario.

Andrea Ducharme lors d'une entrevue en vidéoconférence.

Andrea Ducharme, assistante pour le retour à l'emploi dans l'organisme Unemployment Help Center, à Windsor.

Photo : Radio-Canada

Celle-ci met en avant les nombreuses barrières qui se dressent devant les chercheurs d’emploi, notamment pour les plus âgés. Certains n’ont pas accès aux outils informatiques chez eux ou sont tout simplement novices vis-à-vis du monde numérique, où se situent quantité d’offres d’emploi.

Mme Ducharme donne l’exemple d’un électricien de 62 ans, sur la touche depuis l’arrivée de la COVID-19 et qui souffre d’une blessure chronique à l’épaule. Il cherche des emplois au salaire minimum, dans l'espoir de compléter ce revenu par un emploi à temps partiel. Il ne sait même pas comment envoyer un courriel.

Une ex-bibliothécaire sexagénaire, avec une expérience de 30 ans, échoue à convaincre les employeurs potentiels, par ailleurs peu nombreux, car elle ne dispose que d’un diplôme du secondaire et n’entre pas dans les critères de sélection actuels.

Une personne consulte les petites annonces d'un journal, à la recherche d'un emploi.

La recherche d'emploi passe beaucoup par des canaux auxquels certains chercheurs d'emploi ne sont pas habitués.

Photo : iStock

Le marché est dur, d'autant plus que le virus crée beaucoup d'incertitude dans les entreprises, souligne l’assistante au retour à l’emploi. Andrea Ducharme atteste également de personnes retraitées qui se présentent à son service parce que leur pension ne leur suffit plus à boucler le budget en période de COVID-19.

Emplois à temps partiel et faibles revenus

Les offres ne correspondent aussi pas forcément aux profils ni aux attentes des chercheurs d’emploi. Nous avons beaucoup plus d’emplois à temps partiel, continue Mme Ducharme. C’est probablement un moyen pour les entreprises d’économiser, car elles n’ont pas à offrir d’avantages sociaux avec ce type d’offre.

Ce constat est appuyé par le dernier rapport de Statistique Canada, qui indique que la majeure partie de la croissance de l'emploi observée en juillet a été enregistrée dans le travail à temps partiel.

Du côté de la Chambre de commerce de l’Ontario, on estime que la Prestation canadienne d’urgence met un frein aux recrutements.

Rocco Rossi lors d'une entrevue par vidéoconférence.

Rocco Rossi, président de la Chambre de commerce de l'Ontario

Photo : Radio-Canada

Certaines personnes ont encore peur de retourner au travail et il existe des programmes gouvernementaux qui leur permettent de rester chez eux, explique son président, Rocco Rossi. Les employeurs ont des difficultés à recruter. Ce sont généralement des emplois à faible revenu, mais toujours des emplois importants dans l'économie.

La reconversion professionnelle comme solution?

Face à autant de blocages, plusieurs chercheurs d'emploi pourraient décider de donner un nouvel élan à leur carrière, par des formations.

Rocco Rossi fait le parallèle avec la crise financière de 2008 et 2009, lorsqu'on a vu beaucoup de gens retourner à l’école pour obtenir des qualifications nouvelles. C'est important de le faire maintenant, car les gens ont le choix de rester chez eux ou essayer d’apprendre quelque chose pour renouveler leur carrière.

Il suggère notamment de se tourner vers les métiers faisant partie de l'économie numérique.

Andrea Ducharme, du Unemployment Help Center, remarque d'ores et déjà plusieurs reconversions. Ces personnes cherchent à travailler avec un salaire assez élevé. Nous avons constaté une augmentation des candidatures pour la conduite de camions, c’est une tendance énorme.

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