Fort McMurray et l'Alberta tournent au ralenti

Les installations de Syncrude à Fort McMurray.

Le coronavirus et la chute du prix du pétrole ont bousculé l'économie de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Pendant que l’économie du reste du pays se relève plus rapidement de la pandémie, l’Alberta peine toujours à se remettre au travail, résultat d’une double tempête provoquée par le coronavirus et la chute du prix du pétrole. Une situation difficile dans toute la province, qui se reflète entre autres à Fort McMurray, capitale des sables bitumineux.

Pour comprendre l’ampleur de la crise, il faut voir la taille de l’entrepôt de la banque alimentaire de Wood Buffalo, dans le nord-est de l'Alberta. Dans ce hangar d’avions en bordure de l’aéroport, des caisses de denrées non périssables s’empilent, de quoi nourrir les quelque 400 familles qui ont besoin d’aide tous les mois.

Un contenu vidéo est disponible pour cet articleLa banque alimentaire de Wood Buffalo entreprose ses denrées dans un hangar d'avion.

L’économie albertaine fait face à une double tempête

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

On sert nos clients sur rendez-vous, et c'est complet, nous sommes au maximum de ce qu’on peut faire, affirme Dan Edwards, le directeur de la banque alimentaire de Wood Buffalo, qui dessert Fort McMurray et la région.

La situation économique se détériorait déjà depuis 2015 avec la chute du prix du baril de pétrole, et la pandémie n’a fait qu’accentuer la crise, soutient M. Edwards durant une visite de son entrepôt.

Les feux de forêt et les inondations des dernières années ont créé des pics de demande, mais même en enlevant ces éléments de l'équation, on voit la hausse de la demande pour nos services à cause du déclin économique.

Dan Edwards, directeur de la banque alimentaire de Wood Buffalo
Dans Edwards en entrevue, devant des caisses de denrées.

Le directeur de la banque alimentaire de Wood Buffalo, Dan Edwards, croule sous la demande.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Quand tout dépend du pétrole

Lorsque les grandes compagnies pétrolières comme Syncrude et Suncor ralentissent leurs activités parce que la demande mondiale chute, c’est toute l’économie qui en souffre.

Dans ce contexte, les employés permanents syndiqués de l’industrie se comptent plutôt chanceux.

Des quelque 3600 membres d’Unifor à Fort McMurray, 90 ont été mis à pied et 40 sont déjà de retour au travail, mais le président local du syndicat reconnaît que tous ne sont pas dans cette situation.

Ici, on voit normalement beaucoup d’emplois créés par les retombées économiques. Les travailleurs du pétrole comme nous dépensent dans les restaurants et les magasins, mais comme partout dans le monde, nous avons diminué nos dépenses, illustre Walter Ticas.

Walter Ticas en entrevue, devant un logo du syndicat Unifor.

Walter Ticas, président du local 707A d'Unifor à Fort McMurray

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

L’industrie pétrolière fournit aussi du travail à bon nombre d’entreprises contractuelles, mais cet afflux de travailleurs venus d’un peu partout au Canada s’est considérablement réduit.

Résultat : toutes les entreprises de services ont dû licencier des employés. C’est le cas de l’homme d’affaires Jean-Marc Guillamot, qui dirige 8 hôtels et 122 travailleurs à Fort McMurray.

Jean-Marc Guillamot en entrevue devant une réception d'hôtel.

L'homme d'affaires Jean-Marc Guillamot

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Si sa saison estivale a été sauvée par l’arrivée de travailleurs de la construction après les inondations du printemps dernier, il s’inquiète pour les prochains mois.

Est-ce que ça vaut le coût, de garder tous ces hôtels ouverts? Peut-être qu’il va y avoir un réalignement là-dessus, se questionne-t-il en évoquant la possibilité d'autres mises à pied.

Des travailleurs qui se remettent en question

Dans les bureaux de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) de Fort McMurray, le téléphone ne dérougit pas. L’organisme offre, entre autres, des services d’aide à la recherche d’emploi, et ceux-ci sont plus sollicités que jamais.

Sur place, la directrice générale, Khady Abraham, admet toutefois que certaines personnes au chômage se posent des questions sur leur avenir et celui de l’industrie du pétrole, tandis que l’horizon économique reste sombre.

Généralement, ils me demandent si ça vaut toujours la peine de rester dans la région. J’essaie de garder le moral avec eux en leur disant que c’est passager, qu’on va s’en sortir.

Khady Abraham, directrice générale de l'ACFA de Wood Buffalo
Khady Abraham en entrevue dans un bureau.

La directrice générale de l'ACFA de Wood Buffalo, Khady Abraham

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Nourrir l’espoir

Fort McMurray a affronté des catastrophes naturelles et des tempêtes économiques. Dans une ville habituée aux hauts et aux bas, l’espoir d’un retour des beaux jours demeure ancré.

On va continuer à tenir le coup parce qu’on est quand même assez résilients là-dessus, c’est un petit peu notre trademark, notre branding, d’être résilients, résume Jean-Marc Guillamot.

Dans la communauté, on se dit qu’on va passer à travers pour revenir à ce qu’on fait de mieux, affirme pour sa part Walter Ticas.

Un slogan «FortMac Strong» sur la vitre arrière d'un camion.

À Fort McMurray, la résilience est source de fierté.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Même le directeur de la banque alimentaire demeure optimiste. Sauf que Dan Edwards reconnaît qu’il faudra être patients.

On va voir ici les effets de la COVID, bien après la fin de la maladie.

Dan Edwards, directeur de la banque alimentaire de Wood Buffalo
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