Fonctionnaires en télétravail : catastrophe pour les commerces du centre-ville de Québec

Une salle à manger vide

La salle à manger du restaurant Le Subtil dans les espaces souterrains du Complexe G, près de Place Québec. Normalement, l’associé opérateur Sylvaine Néron pouvait servir 125 dîners. Désormais, elle se compte chanceuse lorsqu’elle a dix clients.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Pierre-Alexandre Bolduc

L’absence des milliers de fonctionnaires au centre-ville de Québec fait craindre le pire aux commerçants installés près des tours de bureaux. Pour ces entrepreneurs, les employés de la fonction publique québécoise représentent jusqu’à 80 % de leur clientèle. Ils se demandent s’ils pourront passer au travers de cette crise.

Il est 12 h 10. Les espaces souterrains du Complexe G sont déserts. Derrière le comptoir de son restaurant, Sylvaine Néron a la mine bien basse.

Puis soudain, un homme s’approche.

Êtes-vous ouverts?, lance-t-il.

Oui! Ça ne paraît pas, mais oui, on est ouvert… répond-elle.

Le travailleur réfléchit. Il dit qu’il va peut-être repasser plus tard.

Un autre client de perdu pour Sylvaine. Elle est complètement découragée. Avant la pandémie, elle pouvait servir au moins 125 dîners.

À 12 h 20, elle avait eu trois clientes.

Je vais peut-être en avoir trois ou quatre autres tout à l’heure, lance-t-elle les yeux pleins d’eau. On est en attente d'un miracle!

Sylvaine Néron porte le masque, derrière le comptoir de son restaurant

Sylvaine Néron dit qu’elle devra peut-être puiser dans sa poche pour payer le loyer de son restaurant. Impossible pour elle d’être rentable avec moins de 10 % de son chiffre d’affaires en raison de l’absence des fonctionnaires.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Actuellement, 70 % des employés de la fonction publique québécoise sont en télétravail à la maison. Ils le seront au moins jusqu’au mois de janvier 2021.

Les commerçants, pour qui les fonctionnaires leur permettent de gagner leur vie, ne se font pas d’illusion. Les cas de personnes infectées au coronavirus sont à la hausse dans la Capitale-Nationale. Une deuxième vague est à l’horizon.

Rouvrir pour refermer?

Juste à côté du restaurant de Mme Néron, le dépanneur est toujours fermé. Aucune indication d’une date de réouverture n'est lisible sur le message collé sur la vitrine depuis le mois de mars.

Le commerce voisin, La Couturière Place Québec, est ouvert depuis mardi. Nicole Labrecque a quelques réparations à faire sur des uniformes. Une chance. En temps normal, 75 % de sa clientèle sont des fonctionnaires.

Nicole Labrecque dans son commerce, elle répare un veston

Nicole Labrecque vit dans l’incertitude. Elle a décidé de rouvrir boutique mardi, sauf qu’elle ignore si ses clients habituels vont se déplacer jusqu’au centre-ville pour ses services.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Mon chiffre d’affaires va baisser beaucoup, c’est sûr, lance la dame qui est aux commandes de son commerce depuis 1992. Je ne sais pas si je vais rester ouvert ou je vais fermer.

L’inimaginable s’est produit

Lorsqu’elles ont démarré leur sandwicherie tout près des nombreuses tours de bureaux du quartier, Audrey Duchaine et Consuelo Mutuberria se disaient que leur clientèle était dans la poche. Jamais elles n’auraient pu s’imaginer qu’une crise envoie tout le monde au boulot à la maison.

Les fonctionnaires représentent 80 % de leur clientèle. Depuis quelques jours, elles parviennent à aller chercher le tiers de leur chiffre d’affaires quotidien.

On trouve ça difficile, mais il y a plusieurs commerces dans les alentours qui n’ont pas rouvert. Donc ça nous donne une chance parce qu’on a plein de nouveaux clients qui n’étaient jamais venus, vu que rien n’est ouvert ailleurs, lance Audrey Duchaine.

Les propriétaires de Délices de l’Amérique française Audrey Duchaine et Consuelo Mutuberria dans leur restaurant

Les propriétaires des Délices de l’Amérique française, Audrey Duchaine et Consuelo Mutuberria, ont ouvert leur commerce grâce à la subvention salariale du gouvernement fédéral. Elles touchent actuellement 25 % de leur chiffre d’affaires habituel.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Le constat est le même quelques coins de rue plus loin au restaurant Le Quarante 7. La salle à manger de plus de 80 places est d’ailleurs désormais fermée chaque lundi et mardi.

C’est une catastrophe, lance l’associée et directrice du développement des affaires du Quarante 7, Amélie Rhéaume-Parent. On ouvre à perte, en fait. Nos frais d'opération sont plus élevés pour ouvrir pour opérer un dîner à 15 clients avec deux cuisiniers, deux serveurs... le coût de la nourriture et le loyer.

Une femme avec un chandail du Quarante 7 dans son restaurant

Amélie Rhéaume-Parent du restaurant Quarante 7 ne se fait plus d’illusion, les nombreux fonctionnaires qui venaient dîner ne seront pas de retour avant plusieurs mois. Elle essaye de développer d’autres stratégies d’affaires comme des boîtes repas à emporter à la maison, par exemple.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

À quand un retour en ville pour les fonctionnaires?

Selon l’attaché de presse de la présidente du Conseil du Trésor, Sonia Lebel, pour l’instant, le gouvernement suit les recommandations de la santé publique et la pandémie n’est pas terminée.

À plus long terme, le gouvernement compte déposer une politique sur le télétravail.

Les syndicats de la fonction publique soutiennent qu’ils ont appuyé le gouvernement au début de la pandémie en envoyant les fonctionnaires en télétravail. Mais maintenant, ils veulent les intentions de l'État pour la suite.

Christian Daigle en entrevue avec Radio-Canada.

Christian Daigle, président général du syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ).

Photo : Radio-Canada

Selon le président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, Christian Daigle, plusieurs fonctionnaires voudront avoir la possibilité de faire quelques jours à la maison et quelques jours au bureau.

Être au bureau, ça permet de changer l'environnement, de rencontrer des collègues, de parler de dossiers. Les gens ont besoin d'une mixité là-dedans, mais on n'a pas d'information sur l'employeur... Donc on attend de l'information depuis plusieurs mois déjà et on n'a pas de réponse encore.

Des bureaux transformés en condos?

L’expert en finance et gouvernance, Michel Nadeau, croit pour sa part que l’avenir du modèle de travail des employés de la fonction publique québécoise va changer l’économie de toute la région de Québec.

Si vous avez des gens qui viennent une journée par semaine, vous n'avez plus besoin de leur conserver un espace de 200 pieds carrés explique Michel Nadeau.

Le complexe G vu vers le haut, avec des drapeaux du Québec

Certains experts croient qu’avec le télétravail, de l’espace inutile dans des immeubles de bureaux comme l'édifice Marie-Guyart (le Complexe G) pourrait éventuellement être transformé en condos résidentiels.

Photo : Radio-Canada / Raymond Routhier

Selon lui, plusieurs grands complexes de bureaux seront transformés en condos résidentiels ou en maison pour personnes âgées.

Au Complexe G, [Ce serait] fort agréable! Vous habitez au 12e étage puis vous travaillez au 18e. C'est quand même un luxe là!

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