Finances publiques à Ottawa : un véhicule sans frein?

Justin Trudeau, qui porte un couvre-visage, écoute le discours du Trône lu par Julie Payette.

La gouverneure générale Julie Payette lit le discours du Trône du gouvernement de Justin Trudeau, au Sénat, le 23 septembre 2020, à Ottawa.

Photo : Reuters / PATRICK DOYLE

Le gouvernement Trudeau a beau dire que les taux d’intérêt sont faibles, que la situation budgétaire pourrait être pire s’il n’agissait pas vigoureusement, on ne peut pas faire abstraction de l’absence de message quant au contrôle des finances publiques.

Il est difficile pour le gouvernement d’annoncer un plan complet et crédible sur 5 ans quand nous sommes encore en train de gérer la crise, d’aider les personnes dans le besoin et les entreprises en difficulté. Mais l’impression qui ressort du discours du Trône et du discours à la nation de Justin Trudeau est celle d’un gouvernement au volant d’un véhicule sans frein.

Le Canada fait partie des pays qui ont le plus fortement aidé la population, ce qui est tout à son honneur. L’aide a été telle que les taux d’épargne et les niveaux de revenu disponible ont fortement augmenté. Aurait-on dû mieux cibler le soutien? Peut-être. On ne refera pas le passé.

Maintenant, sur la suite des choses, en misant sur l’assurance-emploi, sur un soutien aux proches aidants et aux travailleurs indépendants, en prolongeant la Subvention salariale jusqu’à l’été prochain, on peut imaginer que l’aide sera plus précise, mieux canalisée.

Les agences de notation surveillent le Canada

L’état des finances publiques a déjà poussé une agence de notation, Fitch, à abaisser la note de crédit du Canada. Et, comme l’expliquait l’économiste Clément Gignac à Zone économie mercredi soir, les agences vont surveiller de près les annonces de la ministre des Finances Chrystia Freeland dans sa mise à jour financière et économique de l’automne.

En juillet dernier, l’ex-ministre des Finances Bill Morneau prévoyait un déficit budgétaire de 343 milliards de dollars pour l’exercice 2020-21, soit 16 % du PIB. La dette atteindra, selon ces projections, 1060 milliards de dollars au 31 mars prochain, ce qui représente 49 % du PIB.

Après la lecture du discours du Trône, il est clair que ces chiffres seront bien plus importants encore alors que le gouvernement veut prolonger la Subvention salariale jusqu’à l’été prochain, étendre le crédit aux entreprises, investir dans la formation, aider davantage les industries du voyage, de l’hébergement, du tourisme et de la culture.

Le gouvernement réitère son intérêt à mettre en place un système de garderie pancanadien, inspiré de celui du Québec, une formule d’assurance-médicaments, un soutien plus important à la Sécurité de la vieillesse pour les personnes de 75 ans et plus ainsi qu’une nouvelle prestation pour les personnes handicapées.

Et le gouvernement veut créer un nouveau fonds pour attirer les investissements dans la fabrication de produits zéro émission et réduire de 50 % le taux d’imposition pour ces entreprises.

Chrystia Freeland, une feuille dans la main droite, parle dans un micro.

La ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland.

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

De l’importance d’envoyer un signal

Donc, le gouvernement veut s’engager sur de nouvelles avenues de dépenses et, disons-le, c’est tout à fait gérable. Le Canada a l’avantage de faire partie des pays les plus riches du monde, avec la situation financière la plus saine. Mais pour combien de temps? Pourquoi le gouvernement n’envoie-t-il aucun signal budgétaire?

Contrôler les finances publiques, ce n’est pas une petite fantaisie d’agences de crédit. C’est la capacité de l’État à financer les soins de santé, les infrastructures, les mesures nécessaires visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est s’assurer de maintenir une capacité financière qui n’est pas altérée à long terme par des intérêts trop élevés à payer.

Je n’invente pas ce discours. Nous l’avons amplement entendu à Québec, à Queen’s Park, à Ottawa pour justifier à certains moments des mesures de restriction ou d’austérité budgétaire. Ici, comme le dit le gouvernement, l’heure n’est pas à l’austérité. Toutefois, six mois après le début de la pandémie, le gouvernement a une meilleure compréhension des enjeux.

Le gouvernement choisit de maintenir la Subvention salariale. Il fait passer la PCU à l’assurance-emploi. Il adopte de nouvelles prestations pour aider la population. Le gouvernement sait que la majorité des emplois ont été récupérés, mais qu’il reste encore du travail à faire. Le ministère des Finances est en mesure de faire des projections en s’appuyant sur l’expertise de ses économistes et de ceux du secteur privé.

Il est possible d’établir des scénarios pour 2021, 2022, 2023 en s’appuyant sur la possibilité qu’un traitement ou un vaccin soit trouvé et distribué massivement d’ici l’été prochain.

Pourquoi c’est important? Pour deux raisons. La première, c’est que le chemin du rééquilibrage budgétaire passera par des mesures qui pourraient avoir un impact sur votre vie. Est-ce que des impôts seront augmentés? Des taxes, des tarifs supplémentaires? Est-ce que des compressions budgétaires seront imposées dans les services offerts à la population?

Cette discussion doit s’amorcer. Elle ne peut pas être reportée indéfiniment à plus tard.

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