Emmanuel Macron, de retour au Liban, évoque une "dernière chance"

2/2 © Reuters. EMMANUEL MACRON CÉLÈBRE LE CENTENAIRE D'UN LIBAN EN CRISE © Reuters. EMMANUEL MACRON CÉLÈBRE LE CENTENAIRE D'UN LIBAN EN CRISE 2/2

par Raya Jalabi

BEYROUTH (Reuters) - Emmanuel Macron, arrivé lundi soir à Beyrouth, a prévenu les dirigeants libanais qu'ils s'exposeraient à des sanctions s'ils ne parviennent pas à tracer dans les trois mois un nouveau cap pour un pays qui traverse sa pire crise depuis la guerre civile des années 1975-1990.

Le chef de l'Etat français, en déplacement dans la capitale libanaise pour la deuxième fois en moins d'un mois, avait entamé sa journée sur une note symbolique, célébrant le premier centenaire de la proclamation du Grand Liban en plantant un cèdre, l'emblème du pays.

Une rencontre avec son homologue Michel Aoun dans le cadre d'une cérémonie officielle et des réunions dans l'après-midi avec les différents partis libanais sont également à son programme, avant une conférence de presse.

"C'est la dernière chance pour ce système", a déclaré Emmanuel Macron au site d'information Politico. "C'est un pari risqué que je fais, j'en suis conscient (...) Je mets la seule chose que j'ai sur la table: mon capital politique."

Le président français prévient dans cette interview que les trois mois à venir seront "cruciaux" pour qu'un véritable changement intervienne au Liban. Dans le cas contraire, ajoute-t-il, il se dit prêt à changer d'approche et à soutenir des mesures punitives allant d'un gel du plan international d'assistance financière au Liban à des sanctions contre la classe dirigeante.

Les six prochaines semaines, a-t-il par ailleurs déclaré à la presse, doivent être "concentrées" sur l'urgence. Pour l'étape d'après, le chef de l'Etat a ajouté que Paris était prêt à organiser une conférence internationale à la mi-octobre pour étudier les moyens pour venir en aide au Liban.

"J'ai compris qu'il y avait une défiance à l'égard des pouvoirs publics libanais ou un sentiment de défaillance", a-t-il poursuivi, notant un problème de circulation de l’information et peut-être de transparence.

Emmanuel Macron a été au premier rang de la mobilisation de la communauté internationale pour inciter les dirigeants libanais à s'attaquer aux racines d'une crise profonde, ravivée par la double explosion du 4 août dans le port de Beyrouth, qui a fait au moins 190 morts.

Le dirigeant français, qui a été le premier chef d'Etat étranger à s'être rendu au Liban, deux jours après la catastrophe, devait aussi effectuer une nouvelle visite sur le port dévasté.

Le Liban a été administré par la France entre les deux guerres mondiales et a obtenu son indépendance en 1943. L'Etat du Grand Liban, dont les frontières proclamées par la France, dans un découpage avec la Grande-Bretagne, correspondent à celles du Liban actuel, a été créé officiellement le 1er septembre 1920.

TRANSCENDER LES DIVISIONS

Emmanuel Macron a été reçu lundi soir à son arrivée au Liban par la chanteuse Fairouz, considérée comme un trésor national et une incarnation de la paix à même de transcender les rivalités politiques et religieuses. Des manifestants brandissant des slogans tels que "Pas de gouvernement par ou avec des assassins !" ou "Ne Soyez pas du mauvais côté de l'histoire" attendaient le président devant le domicile de l'artiste, âgée de 85 ans.

Quelques heures avant l'arrivée d'Emmanuel Macron à Beyrouth, Michel Aoun avait chargé le diplomate Mustapha Adib de former un nouveau gouvernement.

Selon des responsables libanais de haut rang, la médiation d'Emmanuel Macron a été cruciale dans les 48 heures ayant précédé l'émergence d'un consensus autour du nom de Mustapha Adib, alors que les discussions sur la nomination du Premier ministre étaient dans l'impasse la semaine dernière.

L'effondrement depuis octobre dernier de la monnaie libanaise a provoqué une crise économique qui a alimenté un mouvement de contestation et de remise en cause des élites, accusées de corruption.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déclaré la semaine dernière que le Liban risquait de disparaître si un gouvernement n'était pas rapidement formé.

Mustapha Adib a annoncé lundi vouloir former rapidement un gouvernement d'experts et a promis d'engager des réformes immédiatement pour jeter les bases d'un accord avec le FMI.

(Avec Michel Rose et Matthieu Protard à Paris; version française Myriam Rivet et Claude Chendjou; édité par Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André)

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