Développer les régions, le grand rêve du Nouveau-Brunswick

Un panneau de bienvenue au village de Paquetville.

L'entrée du village de Paquetville.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Normand

Geneviève Normand

Les deux clochers s’élèvent dans le ciel à des milles à la ronde. C’est ce qui saute aux yeux en arrivant à Paquetville : l’imposante église, construite là où la rue principale s’arrête. « C’est la plus haute de tout le Nouveau-Brunswick », dit fièrement le maire du village, Luc Robichaud.

C’est là que nous nous donnons rendez-vous un mardi en fin de journée. Le va-et-vient à l’épicerie, juste à côté, est surprenant. L’entrevue à la caméra devant le parvis est sans doute ce qui suscite les bruits de klaxon. On ne croirait pas que l’été tire à sa fin. Clairement, septembre commence, mais il ne manque pas d’action à Paquetville.

Le village n’est pas grand, dit d’emblée le maire de 38 ans. Quand on parle du territoire incorporé de la municipalité, on parle de 720 de population, mais c'est certain qu'autour de Paquetville, c'est très rural. On parle de 3000 de population.

Les habitants des alentours viennent au village pour profiter des services : une quincaillerie, une institution bancaire, un marchand d’alcool, une épicerie, une clinique médicale et quelques restaurants.

Le maire de Paquetville, Luc Robichaud.

Le maire Luc Robichaud est né et a grandi à Paquetville. Il pose fièrement devant le drapeau acadien qui flotte au vent devant le parvis de l’église.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Normand

Paquetville réussit là où de nombreuses petites municipalités de la province échouent : le village parvient à maintenir sa population et, par conséquent, ses services.

À l'école, dit Luc Robichaud, on a une augmentation des jeunes. Pour une petite population de 720, quand on parle de 230 écoliers, pour une petite municipalité, c'est excellent. On conserve notre population.

Plusieurs croient que le succès du village d’Édith Butler est dû à sa position géographique et à son offre de services. Situé à moins d’une heure de route des plus grands centres que sont Caraquet, Tracadie et Shippagan, Paquetville est dans le milieu du bois, comme le dit tout bonnement la propriétaire du bistro Le Nouvo Caveau, Sonia Jalbert.On n'a pas des paysages à couper le souffle, dit la jeune entrepreneure. Ce qui fait la différence, c'est la fierté acadienne, la chaleur humaine. C'est le dynamisme qu'on a dans la communauté.

Des enseignes le long d'une route.

Les services de Paquetville se trouvent tous sur la rue principale, la route 135.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Normand

Le regain démographique de la municipalité est en partie attribuable à ceux et celles qui reviennent aux sources, croit le maire Luc Robichaud. Beaucoup de jeunes qui avaient quitté le village ont choisi de revenir, dit-il.

C’est d’ailleurs la première fois de l’histoire qu’un entrepreneur développe dans le village un projet résidentiel. On a 17 lots prêts pour que les gens viennent s'établir à Paquetville, raconte Luc Robichaud, visiblement motivé. Dans le passé, c'était Paquetville qui devait faire le développement pour des projets de lotissements comme ça.

À voir l’énergie et l’ardeur du maire, nul doute que la municipalité fera tout ce qu’elle peut pour se vendre auprès des jeunes familles et nouveaux arrivants.

Un panneau annonçant un projet de développement résidentiel à Paquetville.

À Paquetville, un promoteur immobilier est pour la première fois l’instigateur d’un projet de développement résidentiel.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Normand

Recevoir de l’argent pour construire une maison

Ailleurs au Nouveau-Brunswick, les petits villages en régions rurales ne jouissent pas tous du même dynamisme. Dans de nombreuses municipalités, les défis économiques et démographiques sont grands. Des jeunes partent. Des entreprises ferment. La population vieillit. Et il ne suffit pas d’attirer de nouveaux arrivants. Il faut les convaincre de rester.

Le village d’Atholville, par exemple, a pris les grands moyens il y a quelques années pour faire face au défi démographique. Le conseil municipal a introduit des mesures incitatives financières pour encourager la construction de maisons et de structures immobilières.

On va profiter de ce programme-là pour avoir une réduction sur les taxes sur la propriété pour les trois premières années, raconte Richard Gallant sur le chantier de sa nouvelle résidence. Ça aide. C’est intéressant.

Cet habitant du village depuis toujours se dit satisfait de l’offre de services autour de lui. Le maire du village, Michel Soucy, croit lui aussi que ça va assez bien à Atholville grâce au moulin et à l’entreprise Zénabis, qui emploient des centaines de travailleurs.

Mais à propos de l’avenir des régions rurales, Richard Gallant ne fait pas l’autruche. Il voit bien que les municipalités du nord ont du mal à contrer l’exode. Je pense que le nord, dans les prochaines années, va continuer à perdre des services, dit le retraité avant de monter sur son échafaudage. La population va continuer de diminuer. [...] Je ne sais pas ce qui va arriver, c'est un problème.

Deux hommes sur l'échafaudage d'un garage en construction .

Richard Gallant (à gauche) construit le garage adjacent à sa maison neuve, à Atholville. Le retraité profite du programme d’incitatifs financiers de la municipalité pour développer de nouvelles constructions.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Normand

Facile à dire, pas facile à faire

Développer la région et attirer des entreprises, c’est ce qui doit être au cœur de la stratégie démographique, croit Richard Gallant. Je n'ai pas de solution miracle, mais c'est sûr que ça passe par le développement commercial et économique, dit-il.

Au fond, les enjeux de la ruralité sont intrinsèquement reliés. Moins il y a d’emplois, moins il y a de population. Moins il y a de population, moins il y a de services. Et la roue tourne ainsi.

Si on veut que des jeunes familles viennent s'installer chez nous, il faut créer cet environnement-là et l'environnement ça va par la création d'emplois et l'offre de services, explique le maire Michel Soucy.

Celui qui est aussi président de L’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick dit d’ailleurs avoir approché les partis politiques pour demander la création d’un ministère des Affaires rurales à Fredericton.

Le maire d’Atholville Michel Soucy.

Le maire d’Atholville Michel Soucy est aussi le président de l'Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Normand

Le maire semble travailler d’arrache-pied pour faire rayonner sa municipalité. En entrevue, il énumère les attraits de son village — les montagnes, le parc provincial, la rivière Restigouche — et en parle avec fierté.

Justement, ce qui le rend fier, c’est lorsqu’il voit de jeunes familles comme celle de Megan et Maxime Raymond s’installer en région.

Le jeune couple a quitté Montréal il y a bientôt deux ans pour s’établir dans le village voisin de Campbellton. Lui est originaire de Kedgwick; elle, de Guelph, dans la région de Toronto.

On a choisi Atholville parce qu'on trouvait ça un peu plus tranquille et chaleureux, raconte Maxime. On habite en face du maire, pis la première journée qu'on est arrivés, il a cogné à notre porte pour nous souhaiter la bienvenue, donc c'est quand même chaleureux.

Tout un contraste, de toute évidence, avec leur vie montréalaise. Quand on habitait là, on connaissait même pas nos voisins, raconte le nouveau papa. Avec leur fils de 14 mois, les nouveaux parents disent avoir trouvé dans le Restigouche le style de vie familial qu’ils recherchaient.

Megan et Maxime tiennent leur bébé dans leurs bras.

Megan et Maxime Raymond ont déménagé de Montréal à Atholville il y a bientôt deux ans.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Normand

Quand la ruralité se transforme en promesse électorale

Les défis de la ruralité se sont taillé une place à travers tous les enjeux soulevés dans la campagne électorale. Des partis politiques se sont prononcés sur cet énorme défi qui attend le prochain gouvernement : faire croître la population du Nouveau-Brunswick.

Les libéraux de Kevin Vickers et les progressistes-conservateurs de Blaine Higgs, les deux partis favoris dans cette course, se sont tous deux fixé des cibles ambitieuses.

Les rouges veulent attirer jusqu’à 100 000 personnes au Nouveau-Brunswick d’ici 2030 et comptent sur l’immigration pour réaliser cet objectif.

Les bleus, quant à eux, visent sensiblement la même chose. Ils promettent d'accueillir 10 000 personnes par an d’ici 2027. Leur plan quinquennal de croissance démographique se base entre autres sur l’immigration francophone.

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