Audiences du BAPE : GNL Québec présente son projet

Laurent Pilotto et Denis Bergeron dans la salle des audiences.

Les deux commissaires, Laurent Pilotto et Denis Bergeron.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

L’entreprise GNL Québec, qui souhaite construire une usine de liquéfaction de gaz naturel à La Baie au coût de 9 milliards de dollars, demeure convaincue que son projet est porteur d’avenir et permettrait de réduire considérablement l’utilisation du charbon dans plusieurs pays du globe.

Selon la directrice principale des Affaires publiques et des relations avec la communauté de GNL Québec, Stéphanie Fortin, l’implantation d’un complexe méthanier au port de Grande-Anse permettrait de réduire de 28 millions de tonnes la production de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire chaque année.

Stéphanie Fortin et six représentants de GNL Québec se sont présentés devant la commission d’enquête du BAPE sur le projet. Les audiences ont débuté lundi soir à l’hôtel Le Montagnais de Chicoutimi, après un premier report en mars en raison de la pandémie de COVID-19.

Précédée de Tony Le Verger, vice-président, développement et finances, Stéphanie Fortin a livré sa présentation de façon succincte en une quinzaine de minutes. En guise de prélude, elle a indiqué que c’est avec beaucoup de fierté et d’enthousiasme et une petite note d’émotion que son entreprise se présente enfin aux audiences du BAPE pour expliquer son projet.

Au cours de son exposé, Stéphanie Fortin a utilisé les mêmes arguments que l’entreprise emploie depuis l’annonce du projet en 2014, c’est-à-dire que le complexe de liquéfaction de gaz naturel construit à La Baie aurait des impacts bénéfiques pour l’environnement.

Un panneau du BAPE.

De nombreux citoyens ont l'intention de poser leurs questions pendant les audiences.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

C’est un gaz non explosif, qui n’est pas entreposé sous pression, qui est plus léger que l’eau, non toxique et inodore , a-t-elle fait valoir.

Le complexe serait alimenté à l’hydroélectricité grâce à l’implantation d’une ligne par Hydro-Québec permettant d’amener 550 MW d’hydroélectricité à Saguenay. Stéphanie Fortin a précisé que les coûts d’aménagement de cette ligne seraient assumés par GNL Québec.

GNL reconnaît que si les autorisations environnementales requises ne sont pas accordées à ses deux partenaires, Hydro-Québec et Gazoduq, le projet sera difficilement réalisable. L’implantation d’une ligne visant à alimenter l’usine en hydroélectricité doit faire l’objet d’une étude d’impact environnemental. Une demande a été déposée à cet effet par la société d’État en août 2019, a confirmé un représentant du ministère de l’Environnement qui agit à titre de personne-ressource. Gazoduq, chargée de l’implantation de la conduite souterraine, doit aussi recevoir les autorisations nécessaires.

Quant aux risques liés à la navigation, une question soulevée par une participante en lien avec le transport de gaz naturel liquéfié par voie maritime, Stéphanie Fortin a convenu que le risque zéro n’existe pas . La porte-parole a toutefois précisé que GNL Québec a mandaté une firme pour évaluer les risques liés à la navigation.

L’usine serait alimentée exclusivement en gaz naturel en provenance de l’Alberta par l’entremise d’une conduite souterraine de 780 kilomètres reliant le nord de l’Ontario au port de Grande-Anse. Il s’annexerait à une conduite existante. L’entreprise Gazoduq, associée au projet Énergie Saguenay, serait chargée de la construction du pipeline. Ce projet fera l’objet d’analyses par le BAPE de façon indépendante.

L’entreprise évalue à environ 4 % la portion de gaz de schiste qui serait acheminé à La Baie. Autour de 85 % de la matière serait extraite selon la méthode de fracturation hydraulique.

Composantes du complexe

Le complexe méthanier serait doté d’une station d’alimentation en gaz naturel, d’unités de liquéfaction (comparables à de gros réfrigérateurs), de torchères de procédé au sol, de réservoirs de gaz naturel et de plateformes de chargement maritime.

Il est estimé qu’entre 150 et 200 méthaniers par année fréquenteraient le port pour transporter le gaz naturel.

Dans le dessein de recevoir l’acceptabilité sociale, la compagnie affirme avoir élaboré plusieurs mesures d’atténuation dans le cadre de son projet et consulté la population à de nombreuses reprises.

GNL Québec se targue d’être en mesure de construire la première usine de gaz naturel liquéfié carboneutre au monde. L’entreprise prévoit que 421 000 tonnes de gaz à effet de serre seront émises par l’usine et ses activités, ce qui représente, selon sa porte-parole, 84 % de moins de GES que ce que les usines de gaz naturel liquéfié aux États-Unis génèrent.

Impacts et mesures d’atténuation

GNL Québec estime que 120 hectares de végétation et 10 hectares de milieux humides seront perdus en raison de la construction du terminal. Elle a fait la nomenclature d’une série de mesures d’atténuation qu’elle entend mettre en branle avant, pendant et après la construction. Quant au dérangement par le bruit, le projet Énergie Saguenay serait assorti d’un programme de suivi sonore. L’éclairage serait aussi limité, a fait valoir la directrice des affaires corporatives.

GNL Québec évalue à 6500 le nombre d’emplois générés par le projet et à 625 millions de dollars par année les retombées économiques.

Quant à la protection du béluga, la compagnie s’engage à agir.

On est conscients qu’il y a une certaine incertitude scientifique , a convenu Stéphanie Fortin, ajoutant qu’une charte d’engagements environnementaux pour la protection des mammifères marins serait mise en place.

Quant aux risques liés à la navigation, une question soulevée par une participante en lien avec le transport de gaz naturel liquéfié par voie maritime, Stéphanie Fortin a convenu que le risque zéro n’existe pas . La porte-parole a toutefois précisé que GNL Québec a mandaté une firme pour évaluer les risques liés à la navigation.

Des gens dans la salle où se déroulent les audiences du BAPE.

Au total, 200 personnes sont admises dans la salle pendant les audiences.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

200 personnes dans la salle

Un maximum de 150 participants était admis aux audiences lundi soir, en plus des commissaires, personnes-ressources et journalistes, pour un total de 200 personnes. Quelques élus de Saguenay ont assisté, notamment les conseillers municipaux Kevin Armstrong, Julie Dufour et Jimmy Bouchard. Le port du masque était obligatoire, sauf assis.

Tout au long de la semaine, les commissaires Denis Bergeron et Laurent Pilotto, accompagnés de trois expertes en changements climatiques et d’autres membres de la commission entendront les citoyens, organismes et entreprises lors d’audiences qui auront lieu en après-midi et en soirée. Le but de l’exercice, cette semaine, est de permettre aux citoyens et organismes de poser leurs questions. Une vingtaine ont été formulées lundi soir, plusieurs portant sur la provenance du gaz naturel.

Un deuxième volet des audiences du BAPE sur le projet de GNL Québec aura lieu à compter du 26 octobre. Ce sera l’occasion, pour les intéressés, de présenter un mémoire ou de faire valoir leur point de vue verbalement.

Des opinions polarisées

Le projet de construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel au port de Grande-Anse, à La Baie, suscite de vifs débats dans la région et ailleurs au Québec.

Des manifestants.

Des manifestants en faveur du projet et d'autres qui s'y opposent ont manifesté devant l'hôtel Le Montagnais.

Photo : Radio-Canada / Flavie Villeneuve

Tout juste avant le coup d’envoi des audiences, les opinions divergentes se sont fait entendre, alors que des groupes pour et contre le projet ont manifesté leurs points de vue devant Le Montagnais.

Une centaine de personnes ont pris part aux manifestations.

Cinq thèmes

Cinq thèmes seront abordés entre lundi et vendredi : les émissions de gaz à effet de serre et leurs impacts sur la lutte contre les changements climatiques, l’insertion du projet dans son milieu d’accueil (humain et animal), le transport maritime et les impacts économiques.

Les audiences se poursuivent mardi, mercredi et jeudi en après-midi à partir de 13 h et en soirée à compter de 19 h. Il n’y aura pas d’audiences en soirée vendredi. Si la commission en ressent le besoin, la première portion de travaux pourrait durer plus de cinq jours.

Deuxième volet

La commission du BAPE devra fournir des recommandations au ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette, dans un délai de quatre mois suivant la fin des audiences.

Le rapport sera remis au ministre au plus tard le 13 janvier 2021. Il sera rendu public dans un délai de deux semaines.

Des recommandations seront par la suite formulées au Conseil des ministres, qui décidera si le projet de GNL Québec peut aller de l’avant ou non.

Martine Ouellet demande la récusation du président

L’ex-ministre des Ressources naturelles du Québec sous le règne de Pauline Marois, Martine Ouellet, participe aux audiences. La présidente du Mouvement indépendant du Québec (MIQ) s’est présentée au micro pour demander au président de la commission du BAPE sur GNL Québec, qu’elle accuse d’être en conflit d’intérêts, de se récuser.

Denis Bergeron, un ancien consultant de l’industrie gazière, a fait l’objet de critiques peu après sa nomination par le BAPE. Il a montré patte blanche en produisant une déclaration d’intérêts. Le BAPE estime qu’il n’est pas en conflit d’intérêts et a renouvelé son mandat.

Martine Ouellet lorsqu'elle s'est adressée au commissaire Denis Bergeron.

Martine Ouellet s’est présentée au micro pour demander au président de la commission du BAPE sur GNL Québec de se récuser.

Photo : Radio-Canada / Romy Boutin

Denis Bergeron a paru irrité et a répondu sèchement à Martine Ouellet que son intégrité n’avait pas à être mise en cause.

Au cours d’une entrevue accordée à Radio-Canada, elle a réitéré que le projet de GNL Québec vise à utiliser du gaz sale de l’Ouest en le blanchissant avec l’utilisation d’hydroélectricité. 

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