Un nombre record de compagnies se placent à l’abri de leurs créanciers

Un magasin Reitmans et un magasin Aldo, côte à côte dans un mail extérieur de Montréal.

Dans la foulée de la crise de la COVID-19, les compagnies Reitmans et Aldo se sont placées à l'abri de leurs créanciers.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Radio-Canada

Pas moins de 22 grandes entreprises canadiennes se sont placées à l’abri de leurs créanciers en mai et en juin. Un tel nombre, près de quatre fois plus élevé que la moyenne habituelle, n'avait pas été vu en en plus d’une décennie.

Un texte de Pete Evans, de CBC

Comme la pandémie sévit toujours, les experts estiment que cette tendance est appelée à se maintenir.

La Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), une loi fédérale, permet aux entreprises insolvables qui ont plus de 5 millions de dollars de dettes de se placer à l’abri de leurs créanciers afin de se restructurer en maintenant leurs activités.

Lorsque les mesures de confinement ont été décrétées au pays, les entreprises ont dû s’adapter rapidement afin de pouvoir demeurer ouvertes et de continuer à générer des profits. Celles qui étaient alors en bonne santé financière ont en général mieux réussi cette transition.

Comme l’explique l’avocate en restructuration et insolvabilité Karen Fellowes, du cabinet Stikeman Elliott, la crise de la COVID-19 a eu un rôle catalyseur, mais plusieurs des entreprises touchées étaient déjà en difficultés. La pandémie n’a fait qu’exacerber la situation. À l’image de l’impact du virus sur les humains, les compagnies dont la santé financière était déjà minée ont été plus vulnérables face à la crise.

En mai, 10 grandes compagnies se sont ainsi placées à l’abri de leurs créanciers.

En juin, 12 autres ont fait de même, dépassant les nombres records de neuf, établi en décembre 2011, et de huit, atteint en octobre 2009 dans la foulée de la crise financière.

La situation s’est améliorée en juillet dernier, quatre entreprises se sont prévalues de la LACC. Mais ce nombre est encore au-dessus de la moyenne mensuelle de trois établie au cours des 10 dernières années, selon les données compilées par le Surintendant des faillites du Canada.

Si plusieurs des entreprises ayant dû se restructurer sont des compagnies à numéro plutôt anonymes, une série de faillites et de restructurations ont fait la manchette en quelques mois, dont dans la vente au détail de vêtements avec les Reitmans, Frank and Oak et Aldo. Il y a aussi DavidsTea, le Cirque du Soleil, le vendeur de billets d’avion en ligne FlightHub et plusieurs sociétés pétrolières.

L’avocate Karen Fellowes souligne que la plupart des demandes faites en vertu de la LACC ne l'ont pas été parce que les compagnies ont fait preuve de prudence. Celles-ci ont le plus souvent été contraintes de s’y résoudre par les pressions de leurs créanciers.

Ne rien faire aurait pu avoir de pires conséquences et donner aux créanciers le pouvoir de recourir à des mesures plus radicales, comme l'expulsion d'une compagnie insolvable de ses locaux ou encore la saisie de ses actifs ou de ses stocks.

Le prochain domino

Ce sont les difficultés de plusieurs entreprises des secteurs du commerce de détail et de l’énergie qui ont le plus attiré l'attention, ces derniers mois, notamment à Calgary, où travaille Me Fellowes. Mais cette dernière s'intéresse aussi de près à un autre domaine d'activités, celui de l’immobilier.

Le secteur immobilier m’a toujours inquiétée, et miraculeusement, nous n’avons pas vu de grandes saisies immobilières ou d’échecs de grands projets immobiliers, pas encore, dit-elle.

Les programmes gouvernementaux d’aide au loyer des petites entreprises doivent arriver à leur terme à la fin août. Ceux des prêteurs hypothécaires, qui permettent de suspendre des versements, doivent aussi se terminer dans les prochains mois.

Le secteur immobilier sera donc à surveiller au cours de l’automne. Dans notre domaine, les gens le croient vraiment. Cet été, c’est le calme avant la tempête, avertit Karen Fellowes.

Si les faillites et les restructurations sont difficiles à traverser, elles peuvent avoir des impacts positifs pour les particuliers, pour les entreprises et pour l’économie en général, parce qu’elles sont conçues pour prévenir le gaspillage de biens et d’actifs utiles, signale l'avocate. Une faillite libère les bons actifs d’une mauvaise gestion.

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