Tarifs sur l'aluminium : Ottawa attendra 30 jours avant de riposter

Chrystia Freeland tient dans sa main une tasse lors de sa conférence de presse.

La vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, en conférence de presse, vendredi, à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

Ottawa répliquera à l’imposition de tarifs américains de 10 % sur l'aluminium primaire produit au Canada en imposant des droits de douane de 3,6 milliards de dollars sur une kyrielle de produits américains, a annoncé vendredi Chrystia Freeland.

Les produits qui seront visés ne seront toutefois pas déterminés avant une période de consultation de 30 jours, afin que les consommateurs et les entreprises du pays puissent donner leur avis, a précisé la vice-première ministre.

À moins que les États-Unis ne reculent dans ce dossier, les tarifs canadiens ne seront donc en vigueur qu'après ceux décidés par l'administration Trump, qui doivent prendre effet le 16 août.

Selon Mme Freeland, Ottawa souhaite que la période de consultation permette de déterminer quels tarifs auront l'impact le plus important sur les États-Unis, tout en causant des dommages minimaux à l'économie nationale.

La liste des produits américains considérés pour être frappés par des droits de douane comprend sans surprise toute une série de biens fabriqués avec de l'aluminium.

Elle inclut notamment diverses pièces industrielles, mais aussi des réfrigérateurs, des machines à laver, des meubles contenant du métal, des bicyclettes des bâtons de golf.

La réponse du Canada à ces tarifs injustifiés sera rapide et forte, afin de défendre nos travailleurs, a assuré la vice-première ministre.

Nous allons imposer des contre-mesures de façon équilibrée et parfaitement réciproque. Pour chaque dollar imposé par les États-Unis sur les importations canadiennes, nous imposerons en retour une taxe équivalente.Nous n'allons pas aggraver la situation, mais nous n'allons pas reculer non plus.

Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada

Chrystia Freeland, qui a passé ses premières années au gouvernement à négocier le nouvel Accord Canada-Mexique-États-Unis (ACEUM), n'a pas caché que la meilleure option possible pour le Canada serait que l'administration Trump recule.

Elle a cependant ajouté qu'avec l'administration Trump, qu'elle juge la plus protectionniste dans l'histoire des États-Unis, il fallait espérer le meilleur et se préparer au pire.

En 2018, le Canada avait répliqué à l’imposition de tarifs américains sur l’aluminium et l’acier en faisant de même pour une série de produits fabriqués avec les mêmes métaux, mais aussi de nombreux biens de consommation courante (ketchup, whisky, etc.). Ces tarifs punitifs ont finalement été abandonnés après la signature de l'ACEUM.

Je suis confiante, comme la dernière fois, que le bon sens va ultimement prévaloir. J'espère seulement que cela arrivera plus tôt que tard.

Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada

Un argument absurde avancé par Washington

La décision du président Trump, annoncée jeudi lors d'une visite dans une usine de Whirlpool, en Ohio, s'appuie officiellement sur des considérations de sécurité nationale.

Il a accusé que le Canada d'avoir rompu sa promesse de ne pas inonder les États-Unis avec ses exportations d'aluminium, afin de ne pas faire disparaître tous les emplois dans l'industrie américaine de l'aluminium.

Donald Trump, devant un lutrin. Derrière lui, des boîtes contenant des machines à laver.

Le président Trump a annoncé de nouveaux tarifs contre l'aluminium primaire canadien lors d'une viste dans une usine de fabrication de machine à laver de Clyde, en Ohio.

Photo : Getty Images / Scott Olson

Il s'agit là d'un argument absurde, a commenté Mme Freeland. Le Canada ne présente aucune menace pour cette industrie, a-t-elle dit. Au contraire, l'industrie américaine, dont celle de la défense, a besoin de l'aluminium canadien.

Elle estime conséquemment que les tarifs américains sont inutiles, injustifiés et inacceptables et qu'ils devraient être levés.

Alors que le monde affronte une pandémie de coronavirus, une dispute commerciale était la dernière chose dont les gens avaient besoin.

Cela va nuire à la difficile relance de l'économie des deux côtés de la frontière, mais encore davantage aux Américains qu'aux Canadiens.

Les travailleurs de l'usine Whirlpool visitée hier par le président Trump verront leur pouvoir d'achat diminuer, a-t-elle illustrée, sans compter que les machines à laver qu'ils fabriquent seront vendues à des prix moins concurrentiels.

Elle a aussi souligné que la dispute commerciale s'annonce néfaste pour les constructeurs automobiles américains, qui doivent s'assurer, en vertu du nouvel ACEUM, que 70 % de l'aluminium qu'ils utilisent provienne de l'Amérique du Nord.

Le nouvel ALENA étant entré en vigueur le 1er juillet dernier, le moment est venu de renforcer la compétitivité économique nord-américaine, et non d'y faire entrave.

Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada

La vice-première ministre affirme que les discussions avec les États-Unis dans ce litige se poursuivent. Elle dit avoir déjà parlé plusieurs fois depuis jeudi avec représentant américain du commerce, Robert Lightizer.

Québec d'accord avec Ottawa

En entrevue à RDI matin en début de journée, le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a assuré que Québec appuie totalement l’approche d’Ottawa, que venait de lui expliquer la ministre Freeland au téléphone.

On se sent quand même supportés, a-t-il indiqué. Elle nous consulte. Vous comprenez que 90 % de l’aluminium qui est exporté du Canada provient du Québec, donc on a une voix importante.

Je pense que le gouvernement fédéral, avec le support du provincial – je supporte ça à 100 % - il faut se lever debout. Il faut le faire de façon intelligente, il faut discuter avec eux autres, et on va leur prouver, on veut leur prouver qu’ils ont tort.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie du Québec

Selon le ministre Fitzgibbon, la décision prise par le président Trump, à trois mois de la présidentielle américaine, est totalement injustifiée, ne résiste pas à l’analyse des faits et témoigne d’une vision à très court terme.

Lingots d'aluminium dans la cour extérieure de l'Aluminerie Alouette, à Sept-Îles.

Des lingots d'aluminium dans la cour extérieure de l'Aluminerie Alouette, à Sept-Îles.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Selon lui, plusieurs producteurs d’aluminium du monde se sont mis à produire davantage d’aluminium primaire depuis la crise de la COVID-19, ce qui a effectivement entraîné une légère baisse des prix sur les marchés.

Mais le responsable, c’est la Chine, accuse-t-il.

Le […] dumping, on est tous d’accord [pour l’empêcher]. Il ne faut pas qu’on puisse faire baisser les prix avec de la surproduction. Mais il faut reconnaître que dans le monde, il y a une surcapacité qui est causée en grande partie par les Chinois.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie du Québec

M. Fitzgibbon prend soin de souligner que les Américains sont un partenaire privilégié des producteurs d’aluminium du Québec, et qu’il faut conséquemment garder la tête froide dans ce nouveau conflit commercial.

Il faut rester respectueux, il faut être collégial, il faut travailler avec les Américains. Ce n’est pas une question de se battre, mais de temps en temps, il faut se lever debout quand les choses sont injustes, a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le ministre Fitzgibbon a souligné que l’Association de l’aluminium (AA) américaine est en désaccord avec la position de l’administration Trump parce qu’en bout de piste, il va y avoir de l’inflation, les prix vont monter.

La position préconisée par l’administration Trump est plutôt celle que privilégie un autre groupe, l’Association américaine de l’aluminium primaire (APAA), qui a lancé une campagne de lobbying ce printemps pour que des tarifs soient réimposés.

Anglade demande une cellule de crise

La cheffe libérale, Dominique Anglade, convient que des mesures canadiennes de représailles sont nécessaires.

Elle demande en outre au gouvernement Legault de mettre en place une cellule de crise réunissant des acteurs de l'industrie et de nommer un négociateur pour représenter les intérêts du Québec à Ottawa et à Washington.

On parle de 7000 travailleurs, 7000 familles qui sont touchées par ça au Québec. Je pense que c’est essentiel d’avoir une cellule de crise en place pour le Québec.

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

Sur Twitter, le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s'est désolé que le libre-échange ne parvienne pas à protéger des industries québécoises.

Dans les faits, les États-Unis ont le gros bout de bâton et rien ne les empêche de l'utiliser. Il faudra un jour des accords économiques solidaires, dessinés par et pour les peuples, a-t-il commenté.

S'il faut frapper, frappons de la même façon que Trump [...] et assurons-nous d'avoir une frappe assez forte qui va venir fragiliser sa prétention de faire des gestes d'éclat pour galvaniser ses bases pour gagner l'élection, a pour sa part commenté le péquiste Martin Ouellet.

En Ontario, le premier ministre Doug Ford a invité Ottawa à répliquer avec force, et il a demandé à ses concitoyens d'acheter plus de produits ontariens, au détriment des produits américains, afin que l'impact économique de la décision américaine soit encore plus décisive.

C’est nous contre eux. J’aime le peuple américain. Mais que le président vienne nous attaquer pendant cette pandémie, où on a besoin du soutien de tous, est totalement inacceptable, a-t-il déclaré en conférence de presse.

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