Les Canadiens moins préoccupés par le plastique à usage unique, selon un sondage

Un contenant en styromousse et une fourchette en plastique.

La hausse des livraisons de repas, des commandes à emporter et des achats en ligne durant la pandémie exacerbe le problème de pollution plastique, souligne le chercheur Sylvain Charlebois.

Photo : Radio-Canada / Daniel Beauparlant

Si une forte majorité de Canadiens se disaient préoccupés par la pollution plastique avant la crise sanitaire, un sondage mené par des chercheurs de l’Université Dalhousie semble démontrer qu’ils le sont nettement moins maintenant.

Le soutien de la population pour une interdiction des plastiques à usage unique, qu’Ottawa prévoyait imposer d’ici 2021, est passé de 70 % l’an dernier à 58 % cette année.

Selon le sondage, 90 % des participants souhaitaient un resserrement des règles encadrant le plastique en 2019. Cette proportion a diminué à 79 % en 2020.

Je pense qu’on a d'autres choses qui sont plus urgentes que de s’inquiéter à propos du plastique sur les aliments.

Mai Djalal, mère de famille et résidente de Toronto

Ce serait bon, mais je ne pense pas que c’est une priorité en ce moment, ajoute-t-elle.

Mai Djalal

La Torontoise Mai Djalal affirme que la pollution plastique n'est pas une priorité dans un contexte de pandémie mondiale.

Photo : Radio-Canada

Plus de la moitié (52 %) des répondants estiment que toute nouvelle réglementation devrait attendre que la pandémie s’essouffle.

Le contexte de la COVID crée beaucoup d'incertitude et c'est pour ça que les gens sont plus à l'aise de voir des changements une fois qu'on aura réglé ça, affirme Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie à Halifax.

Consommation de plastique à la hausse

Selon le sondage, 29 % des participants estiment qu’ils achètent davantage de produits emballés en plastique depuis le début de la pandémie. Parmi les jeunes adultes de 18 à 25 ans sondés, près de la moitié (47 %) disent en consommer davantage.

En début de pandémie, on a vu le retour du plastique dans nos vies. On ne se posait pas trop de questions, souligne M. Charlebois.

Des préoccupations sanitaires ont poussé bon nombre de gouvernements et d’entreprises à relâcher leurs restrictions encadrant le plastique à usage unique. Résultat : la demande mondiale de bouteilles d’eau jetables, de sacs et d’emballages en plastique et d’équipement de protection individuelle a grimpé.

Des masques, gants et des gobelets de café débordent d'une poubelle.

La consommation de plastique à usage unique a grimpé depuis le début de la crise sanitaire.

Photo : Radio-Canada / Robert Short

Depuis le début de la pandémie, la plupart des épiceries et des supermarchés au Canada ont interdit l’utilisation des sacs réutilisables, au profit des sacs en plastique jetables.

Au pire de la crise, Lauren Marinigh préférait faire ses achats en ligne, incluant son épicerie.

Chaque article avait son propre sac. Gaspiller autant de plastique m’épouvantait.

Lauren Marinigh, résidente de Toronto
Un colis sur lequel on peut voir le logo de Walmart.

Au début de la pandémie, Lauren Marinigh commandait son épicerie en ligne chez Walmart afin d'éviter les foules dans les supermarchés de Toronto. La quantité de plastique qu'elle jetait chaque fois était troublante, selon elle.

Photo : Smith Collection/Gado/Getty Images

Selon les données de Statistique Canada, le volume de vente en ligne a plus que doublé entre février et juin, pour atteindre 3,2 milliards de dollars.

On risque de voir le volume de vente tripler cette année et l'ensemble des livraisons à domicile sont effectuées en utilisant beaucoup plus de plastique, souligne M. Charlebois.

Interdiction fédérale sur pause

En plus de bannir une gamme de produits de plastique jetables d’ici l’an prochain, le gouvernement de Justin Trudeau s’était engagé à tenir les entreprises responsables de leurs déchets de plastique.

Le premier ministre a souvent répété que moins d'un dixième du plastique produit au Canada était recyclé.

Jonathan Wilkinson lors d'une conférence de presse dans un hôtel de Winnipeg.

Le ministre fédéral de l'Environnement et des Changements climatiques, Jonathan Wilkinson

Photo : La Presse canadienne / Mike Sudoma

En mai dernier, son ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, affirmait qu’il avait l’intention de poursuivre ces objectifs, sans toutefois préciser d’échéancier.

Yannick Beaudoin de la Fondation David Suzuki s'inquiète des effets à long terme de cette perte d'engouement chez les Canadiens.

La pandémie frappe, ça met comme une pause. On ne sait pas trop exactement qu'est-ce que ça veut dire post-pandémie.

Yannick Beaudoin, directeur Ontario et Nord du Canada, Fondation David Suzuki

Il faut vraiment changer notre comportement et puis on veut le faire. Il y avait vraiment une majorité de Canadiens qui était déjà en train de penser à ça, affirme le porte-parole de l’organisme.

Yannick Beaudoin.

L'écologiste Yannick Beaudoin, porte-parole de la Fondation David Suzuki, exhorte Ottawa à adopter un plan de relance économique qui tient compte de l'environnement et de la pollution plastique.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Le bureau du ministre Wilkinson affirme que l’interdiction des plastiques à usage unique reste une priorité absolue et que le gouvernement compte la mettre en oeuvre en 2021. Nous aurons plus à dire à ce sujet à l'automne, répond son attachée de presse, Moira Kelly, par courriel.

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