Le secteur touristique des Laurentides en plein paradoxe

Une affiche indique qu'un casse-croûte est fermé pour la semaine.

Le manque de main-d'oeuvre se fait sentir lors de cette saison touristique hors du commun dans les Laurentides.

Photo : Vincent Rességuier

Comme dans plusieurs autres commerces du village touristique de Val-David, les journées commencent tranquillement dans le casse-croûte de Marie-Claude Larivière. Il faut dire que cette année, encore plus que les précédentes, elle doit composer avec un manque de main-d'oeuvre.

Son équipe est habituellement composée d’une dizaine d’employés. Depuis la fin du confinement, elle n'en compte que six... quand tout va bien.

On a réduit nos heures d'ouverture, on a réduit notre menu.

Marie-Claude Larivière, propriétaire du restaurant Ô Casse-Croûte à Val-David

Faute de personnel, elle doit boucher des trous et elle manque de temps pour tout. Même les plantes de sa terrasse font grise mine, déplore-t-elle.

La restauratrice a pourtant reçu le soutien de ses filles et de son conjoint, qui se sont épuisés à la tâche. Mais cette année, le vent de face souffle fort.

Conséquence sur le menu, près de la moitié des plats ne sont pas disponibles. Une situation qui s'explique notamment par le manque de main-d'oeuvre, qui touche aussi ses fournisseurs. Elle s’arrache les cheveux pour se procurer des choses aussi simples que des sachets de vinaigre, des sachets de sel, ou des boissons telles que le ginger ale.

Portrait de Marie-Claude Larivière devant la marquise qui affiche son menu.

De nombreux plats ne sont pas disponibles dans le restaurant de Marie-Claude Larivière, propriétaire de Ô Casse-Croûte, à Val-David.

Photo : Vincent Rességuier

Autre nouveauté, son restaurant ferme désormais ses portes deux jours par semaine. Pas le choix, même si la saison a commencé avec un mois de retard.

La situation est très difficile pour la majorité des restaurateurs.

Rachel Pouliot, Corporation de développement économique de la MRC des Laurentides

La PCU montrée du doigt

Dans la région, Marie-Claude Larivière est loin d’être la seule à limiter ses activités. La pénurie de personnel perturbe tout le milieu touristique.

Luc Desmarteau, propriétaire d'un hôtel à Mont-Tremblant, est frustré. Il fait tout ce qu’il peut pour assurer un service de qualité, mais ce n’est pas toujours possible.

Le téléphone sonne plus longtemps avant qu'on réponde. Les chambres ne sont pas prêtes à temps pour 16 h, ce qui crée une certaine tension. On favorise les séjours de deux nuits.

Luc Desmarteau, propriétaire, AX Hôtel Mont-Tremblant

À la fin du confinement, il a retrouvé son équipe d'employés permanents, mais les étudiants ne répondent pas à l’appel. Et selon lui, le coupable est tout désigné : la Prestation canadienne d'urgence, la fameuse PCU.

Il fulmine. Quelques personnes lui ont demandé de travailler à temps partiel pour ne pas dépasser le seuil de 1000 $ par mois, afin de ne pas perdre la PCU.

Des demandes qui ne sont pas légales, s’exclame Rachel Pouliot de la Corporation de développement économique de la MRC des Laurentides. Elle a entendu quelques anecdotes similaires. Des attitudes qu’elle déplore, d’autant qu’elles ont des conséquences sur l'ambiance de travail.

Elle a vu des entreprises déchirées entre la volonté de rester dans la légalité et la tentation de céder à cause du besoin criant de personnel.

Un mot écrit sur un tableau noir indique qu'un commerce est exceptionnellement fermé.

Plusieurs commerces se voient obligés de réduire leurs heures d'ouverture en raison de la pénurie de personnel.

Photo : Vincent Rességuier

Dès la fin de l'année dernière, elle avait déjà le mandat d'explorer le dossier de la pénurie de personnel, dont la PCU n'est pas la seule responsable.

Pendant le confinement, Rachel Pouliot a observé des personnes qui ont choisi de se tourner vers un emploi qui était autorisé. Elles ne sont pas revenues. D’autres ont choisi de se réorienter, en espérant une carrière dans un domaine moins exigeant que la restauration ou l’hôtellerie. Il y a eu beaucoup de mouvement de personnel, conclut-elle.

Les touristes au rendez-vous

La situation est d’autant plus frustrante que les touristes se ruent vers les campagnes québécoises. Le directeur général de Tourisme Mont-Tremblant se réjouit de voir que les Laurentides sont presque à pleine capacité touristique.

Malgré tout, il remarque que certains hôtels ont dû fermer des blocs de chambres, notamment par manque de main-d'oeuvre, pour appliquer les normes sanitaires liées à COVID-19.

Son organisme a demandé à ses membres de les appliquer rigoureusement. Le message a été entendu. Le problème, c'est que cela requiert davantage de personnel et les bras finissent par manquer.

Pour tenter d'attirer des travailleurs, Tourisme Mont-Tremblant a conclu cet été un partenariat avec Tourisme Montréal et l'Association des hôtels du Grand Montréal. Dans la métropole, faute de touristes, des professionnels sont à la recherche d'un emploi.

Après une semaine, Daniel Blier juge que la réponse est positive. Il a reçu de nombreux curriculums vitæ ou des signes d'intérêt venus de Montréal, mais aussi d'Ottawa.

À long terme, les entreprises misent de plus en plus sur le recrutement à l'étranger, en particulier en France, mais aussi en Belgique et au Maghreb. Selon Daniel Blier, ces personnes sont attirées par les salaires intéressants proposés dans la région et elles représentent un gage de stabilité pour les employeurs.

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