Financement : les universités pourraient perdre des milliards

L'Université Concordia, à Montréal.

L'Université Concordia, à Montréal, pourrait perdre plusieurs millions de dollars en financement en raison de l'absence des étudiants étrangers.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Avec la reprise des cours dès cette semaine, l’incertitude règne au sein des universités du Québec. Bien sûr, une propagation de la COVID-19 préoccupe, mais elles sont aussi plongées dans le noir quant à leur financement.

Au bout du fil, le chef de la direction financière de l’Université Concordia ne cache pas son inquiétude à quelques jours de la rentrée. Historiquement, on était capable de faire des projections, explique Denis Cossette. Mais cette année, c’est absolument imprévisible. Bien que les inscriptions soient au rendez-vous, un étudiant inscrit peut généralement annuler ses cours sans facturation des droits de scolarité jusqu’à la mi-septembre.

Beaucoup d'étudiants internationaux, qui représentent à Concordia 23 % de la masse étudiante, mais 30 % des revenus découlant des droits de scolarité, risquent de recourir à cette option, faute de pouvoir être sur place. Nombre d'étudiants d'ici pourraient en faire autant.

Il s’agit de l’une des trois grandes incertitudes depuis le début de la crise, avec l'aide du gouvernement et les coûts supplémentaires qu'entraîne le maintien des services académiques. Elles ont conduit l’établissement à ne pas adopter un budget en bonne et due forme en vue des prochains mois.

Changement d’approche budgétaire

Pour le moment, M. Cossette semble rassuré par Québec. Un facteur résolu, dit-il. Une importante partie de l’enveloppe budgétaire gouvernementale dépend du nombre d’étudiants inscrits annuellement; elle représente plus de la moitié des revenus de l’Université Concordia. Nonobstant le nombre d’étudiants, le gouvernement a annoncé qu’il maintiendrait la même subvention que l'année dernière.

Aux 300 millions de dollars prévus du 1er mai au 31 octobre en dépenses courantes, l’université a toutefois dû prélever 25 millions de plus dans ses réserves pour le déploiement de l’enseignement à distance. L’infrastructure technologique et l’accompagnement du personnel pèsent lourd. En fait, les coûts de livraisons académiques à distance seraient plus dispendieux qu’en classe.

L’association Université Canada rapporte que la transition vers une expérience en ligne accessible, de haute qualité ou hybride coûte entre 25 000 $ et 50 000 $ par cours, ce qui ne comprend les frais de rémunération des facultés.

Dans ce contexte, toute autre dépense sera scrutée à la loupe à Concordia. L’embauche et l’approvisionnement seront limités aux besoins essentiels. Le financement pour toute nouvelle initiative sera gelé temporairement. La frugalité s’impose.

Des universités discrètes dans l’attente

L’établissement anglophone montréalais a été le seul parmi les grandes universités québécoises à accepter de commenter en détail sa situation budgétaire. Trop d’inconnues, il y a des impacts, certes et pas assez d’éléments d’information ont été les réponses des universités de Montréal, du Québec à Montréal, Laval et de Sherbrooke. LA donnée manquante : combien d'inscriptions seront véritablement honorées?

Par courriel, l’Université McGill affirme prévoir une certaine diminution des inscriptions imputable à la COVID-19 ici comme ailleurs au pays et à travers le monde. Certaines mesures ont été mises en place pour réduire les dépenses. Les facultés et les unités administratives de l'université, peut-on lire, ont été invitées à identifier des moyens de réduire les dépenses non salariales de 2 à 3 %. L'exécutif de l'université renonce à toute augmentation cette année.

Selon Universités Canada, le secteur universitaire canadien pourrait faire face à des pertes de plusieurs milliards de revenus.

Aide de Québec

Le probable manque à gagner en droits de scolarité conjugué aux coûts supplémentaires associés à la pandémie pourrait donc mener à des difficultés financières.

Désormais au chevet des universités, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a octroyé en juillet 25 millions pour les aider à éponger les dépenses liées à la COVID-19 pour l’année scolaire 2019-2020. Pour la prochaine année, 37 millions ont été annoncés le 21 août pour du soutien matériel, de l’encadrement pédagogique et du soutien psychosocial.

Mme McCann, qui a discuté avec l’ensemble des recteurs dans les derniers jours, reconnaît que les institutions voudraient en avoir davantage, mais elle estime qu’elles peuvent faire un grand bout avec les budgets alloués.

D’après les données recueillies jusqu’ici par son ministère, les inscriptions seraient même légèrement en hausse par rapport à l’année dernière, mais elles doivent encore se concrétiser. Il pourrait y avoir des besoins exceptionnels, on va se pencher là-dessus.

La rétention des étudiants sera d’ailleurs un autre défi dans les prochaines semaines, aux dires de Denis Cossette, de l’Université Concordia. C’est quand même une étape importante, s’assurer que l’étudiant ne décrochera pas. L’accompagnement, malgré la barrière des écrans, sera fondamental.

Dans certaines communautés étudiantes [à besoins particuliers], rapporte la présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), l’enseignement en ligne est plus difficile. Il se peut que le décrochage soit la solution la plus facile. Jade Marcil souligne néanmoins que le soutien financier de Québec, qui compte aussi une importante bonification de l’aide financière aux études, devrait permettre d’éviter une hécatombe.

Mme Marcil estime d’ailleurs qu’un cours en ligne ou en classe implique un coût équivalent : On vient payer le crédit universitaire qu’on effectue. Si l’UEQ reconnaît que des universités font des efforts immenses, elle déplore par contre que des frais de vie étudiante, comme l’accès aux centres de conditionnement physique, soient maintenus, étant donné que nombre d’étudiants ne mettront plus le pied sur les campus.

Les universités devront déployer tout leur arsenal de connaissances pour faire face aux défis des prochains mois, mais également des années à venir. À long terme, s’inquiète Denis Cossette, le décrochage au secondaire pourrait même avoir un impact structurel sur la fréquentation des universités.

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