COVID-19 : l’aide proposée par Québec est sous-utilisée par les entreprises

Pierre Fitzgibbon en gros plan.

Le ministre de l'Économie et de l'Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, se dit « sensible » aux entrepreneurs.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Vu les répercussions sans précédent de la pandémie sur les entreprises québécoises, tout portait à croire que les aides financières annoncées par le gouvernement Legault au printemps seraient liquidées rapidement. Or, il n’en est rien : les cagnottes demeurent encore bien remplies.

En date de la semaine dernière, seulement 99 des 250 millions de dollars du Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME) avaient été octroyés. Au total, 2860 entreprises ont eu recours en moyenne à 35 000 $ de prêts ou de garanties de prêt.

Le PAUPME est destiné aux entreprises en difficulté financière en raison de la COVID-19 et nécessitant un maximum de 50 000 $ en liquidités. Les municipalités gèrent ce financement soumis à certaines restrictions, soit une impossibilité ou réduction substantielle de la capacité de livrer des biens et services ou un problème d’approvisionnement en biens et services.

Les trois principaux secteurs appuyés jusqu’ici sont ceux des services, de l’hébergement et de la restauration et du commerce de détail.

Le défi de nos membres, c’est la capacité d’emprunt qui est assez limitée ou de soutenir une dette additionnelle, croit le directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, Stéphane Drouin, qui explique que l’aide de Québec n’est pas adaptée au contexte de pandémie où les revenus sont considérablement réduits.

Le PACTE : au moins 1 milliard toujours disponible

Les entreprises qui nécessitent des liquidités de plus 50 000 $ peuvent quant à elle se tourner vers le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE). L'enveloppe de ce programme s’élève à 2,5 milliards de dollars.

Selon les dernières données disponibles, sur 700 demandes de garanties de prêt ou de prêts, plus de 500 avaient été autorisées, pour un montant de 500 millions de dollars. Il y a encore plusieurs dossiers à l’étude [185], ce qui porte présentement le financement potentiel total à près de 1,5 milliard de dollars, nuance Isabelle Fontaine, directrice principale aux médias d’Investissement Québec.

La crise liée à la COVID-19 est loin d’être terminée. Investissement Québec a encore beaucoup de marge de manœuvre et de disponibilité financière pour répondre aux besoins des entreprises.

Isabelle Fontaine, directrice principale aux médias d’Investissement Québec

Le vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), François Vincent, observe toutefois que certains programmes sont méconnus des PME et qu’une action particulière pour mieux les communiquer serait intéressante.

Il rappelle qu’elles ont été prises dans le tourbillon du confinement, puis dans celui de la réouverture. C’est peut-être ce qui explique la sous-utilisation de ces sommes, fait-il valoir.

Profitons du fédéral, dit Pierre Fitzgibbon

Lors de son passage en commission parlementaire, mercredi, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a évoqué une autre raison. Il y a beaucoup de compagnies qui n’ont pas appliqué sur le PACTE, a-t-il indiqué. Pourquoi? Parce qu’elles ne veulent pas emprunter? Bien, parce qu’elles n’en ont pas besoin.

Reconnaissant en revanche que les prêts ne sont pas parfaits, M. Fitzgibbon estime tout de même qu’un entrepreneur pris avec un horizon sombre devrait emprunter pour survivre.

Quant à la possibilité du Québec d’en faire davantage, il semble que le gouvernement préfère s’appuyer sur Ottawa, qui offre des programmes plus généreux aux entreprises, notamment le programme de subvention salariale d'urgence et des prêts sans intérêt de 40 000 $.

Le fédéral peut arrêter, mais là, il est là. Profitons du fédéral, a déclaré le ministre. On paie de l’impôt là aussi. Profitons du fédéral et complémentons [sic]. [...] Moi, je suis capable de me tasser, de laisser mon ego de côté et laisser le fédéral dépenser de l’argent. Je n’ai pas de problème avec ça.

On ne peut pas mettre des programmes comme ça et endetter le Québec si bien que nos enfants aient à supporter des choses qui ne sont pas requises. Je suis très frileux à l’idée de faire des programmes aveuglément.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec

Des mesures ciblées à certains secteurs économiques plus touchés – le tourisme et la culture, par exemple – ont d’ailleurs été déployées par le gouvernement de François Legault. Celui-ci contribue également à la moitié des 280 millions de dollars de l’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial, mais le succès de ce programme demeure pour l’instant mitigé.

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